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lundi 3 octobre 2011

Portrait de l’attente



C’est un cortège de fleurs
Aux multiples couleurs,
Aux multiples saveurs,
Aux multiples ferveurs,
Aux multiples douceurs,
Et qui me fend le cœur…

Une carte de trèfle
Où l’ombre d’un Rorschar
Appose une sombre pique ;
Les touchantes mimiques
Du monde de Sanazar
Sur un vieux bas-relief…

C’est une pyramide
Surmonté d’un œil bleu ;
C’est Chimène et le Cid :
Un désordre amoureux,
Un feu que rien n’attise,
Un brasier de banquise…

C’est comme l’Arcadie
Qui dans la paix sommeille ;
Un silencieux bruit
Qui flûte à mon oreille ;
La lie d’une bouteille
Qui n’a pas pu vieillir…

C’est à moitié Judith,
À moitié Salomé ;
Une princesse maudite,
Un ange de bonté ;
La tête de Jean-Baptiste
Poussant les cris d’Orphée…

C’est le tonnerre qui gronde
Dans un ciel sans ombrage ;
Une affliction profonde
Une nue qui fait naufrage ;
C’est ton reflet gravé
Sur ma rétine embuée…

C’est un jardin de voix,
De fois,
De lois,
De moi (s)
Sans toit :
Sans toi.




vendredi 19 août 2011

Regards perdus



Ces deux lunes brunes, qui dans un lac blanc,
Se joignent une à une comme deux amants
Et font ta fortune, regard caressant
De mon amante brune aux yeux perçants,
Perdue dans les dunes d'un absent amant,
Et que sans rancune, je supplie, j'attends.

Ces deux fines noisettes dans des cieux candides
Se sont faites muettes et cherchent livides
Cette petite fillette qui a pris des rides
De leurs cernes discrètes devenues humides
Car celle que je guette me laisse dans le vide.

 

jeudi 18 août 2011

À Phébée



Endormie était-elle, un soir que par mégarde,
J’hasardais un regard sur le lit de la belle :
Son visage d’aquarelle à la lumière blafarde,
Sa bouche divinatoire, ses yeux qui ensorcellent
M’offraient en ribambelle des promesses qu’elle bombarde,
Une valse de cauchemars, une nuée d’estelles.
Enflammant à ma vue,
Laquelle perce les nues
Kepler, Tycho Brahé et la Mer des Nectars :
Ses montagnes dorées et ses grands cratères noirs.

 

LA JOCONDE


à Tera Xitoul

Elle est faite de marbre; on la dirait statue.
Si son approche est froide, sa grande beauté tue.
Ses yeux scrutent stricts et sages; ses yeux découragent:
Elle est pleine de sagesse, une Joconde avant l'âge.
*
Certes elle sourit pourtant, mais de manière fortuite,
C'est que de temps en temps, son sérieux prend la fuite
Pour l'illuminer de candeur et de caresses,
Lui portant l'auréole d'une grande tendresse.
*
Alors elle se fait soeur de mon coeur enfantin,
Adoptant le bonheur en quittant le chagrin
Du monastère morne de sa sublime sagesse
Qui me fait bien des torts et trop souvent me blesse.
*
Et fou, dolent, moi, j'aime ses courts élans de joie
Que dans ce long poème, j'entends graver en moi.

 

vendredi 5 août 2011

Le Rival



Qui est-il ce jeune homme, dont la main encercle ton bassin?
Qui est-il ce jeune homme, qui respire ton parfum?
Qui est-il ce jeune homme, dont la tête se perd dans tes cheveux?
Qu'a-t-il de plus que moi ton amoureux?
Des blagues qui te font rire et me font souffrir,
Une beauté qui te fait frémir et me fait gémir.
Qui est-il ce voleur, qui veut t'enlever à moi?
Moi, je t'aime depuis des ans, lui des mois!
Qui est-il ce voleur, ce dangereux rival,
Qui dans ton coeur à ma place s'installe?
Qui est-il ce jeune homme que tu connais depuis peu,
Au sourire triste, au regard ténébreux?
Pourquoi la vie utilise-t-elle, contre moi, la jeunesse qu'elle m'a prise
Pour te retirer de mes bras de père, ma fille?

 

dimanche 31 juillet 2011

Profession de foi

Ce n’est qu’un court poème
Sans cordes, sans sons criards
Non, ce n’est pas un air
Joué à la guitare,
Mais sur les cordes de Pan
Que plus personne n’entend
Sans accoucher d’un rire
De diable ou de satyre.

Je n’ai pas la dégaine
Le chapeau, la chemise
D’un cow-boy qui dégaine
Pour séduire sa promise
Mais celle d’un Silène
Hideux au prime abord
Mais dont les rêves d’or
Font de toi une sirène.

Ecoute ! Ecoute cet air
Qui te dit : « Aime moi ! »
Et, puisqu’il est bon serf
Se soumet à ta loi.

Ά ma très chère Sylphide

                                            
Un songe, c’est comme un voile
De givre nappé de braises,
L’exploration d’étoiles
Où un peuples de mélèzes
Crachent une nuée de vies
Dans l’Océan du ciel
Espionnant l’Infini
Et sa grande citadelle.

Un rêve, c’est une chute,
Un gouffre vertigineux
Où, au son d’une flûte,
Je tombe victorieux
Comme un soldat de plomb,
Vaincu sur tous les fronts,
Qui au désarroi fond
Dans un bruit de glaçon.

C’est un lieu hors du monde où je te cherche encore :
Un long chemin de ronde entre Nuit et Aurore.
Et c’est, chaque matin, un naufrage pareil
Qui me perce le sein, dès lors que je m’éveille…

Car ce rêve n’est pas là
Puisque ce rêve, c’est toi.




(j'ai repris l'illustration de la couverture des très 
émouvantes Lettres à une disparue de Véronique
Massenot)