Braise !
Feu, flamme, flammes, feux,
Braises !
Et dans ce flamboyant cauchemar, la flèche dressée vers Dieu qui chute vers l'Enfer !
Braise !
Feu, flamme, flammes, feux,
Braises !
Le sublime, à l'état pur: beau et terrible à la fois !
Un immense bûcher des vanités, le deuil d'une civilisation morte.
Braise !
Feu, flamme, flammes, feux,
Braises !
Ce soir, tout Paris est silencieux, du silence d'un tombeau.
Ce soir, toute la France est comme orpheline d'une parente qu'on croyait éternelle.
Ce soir, le monde entier est en suspens, en déni, comme on l'est devant une blessure imprévue, devant un membre fantôme.
Braise !
Feu, flamme, flammes, feux,
Braises !
Qu'on le fasse donc se taire, cet ennemi que l'Homme a dérobé aux Cieux pour son malheur,
Ce Lucifer qui s'attaque au sanctuaire de pierre des hommes de prières et des hommes de doutes !
Braise !
Feu, flamme, flammes, feux,
Braises !
Mais avec le temps, avec du courage, avec difficulté, comme l'homme humilié se relève, dressant son poing pugnace face à l'adversité, la vieille Dame de pierre dressera à nouveau, vers son époux, fils et père, sa flèche pleine de paix, de bonté et d'espérance prospère.
JBH
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dimanche 21 avril 2019
mercredi 7 octobre 2015
Complainte des exilés loin de soi quels qu'ils soient
Sur les bris de leur néant ronronne l'amère,
Sur les ruines de leur présent, tout indiffère
Et tout est silencieux, et tout est solitaire
Comme un ver parasite, fracas d'une carrière -
Carrière d'hommes, non de pierres -
Encore que sous le lierre,
Hors du glorieux Hier,
Rien ne bat: tout s'enterre
Perdu dans cet enfer.
Ô, vous qui détruisez et qui croyez bien faire:
Venez donc écouter ces fantômes de pluie
Et leurs pleurs éphémères
Que bientôt feront taire
Seigneur Temps, Dame Mort qui tout drainent dans l'oubli!
Seul restera gravé sur l'asphalte entaché
Du sang des trépassés
Votre nom, signature de culpabilité,
Signature de qui chasse, qui condamne sans sauver.
Un
monde sans…

Un monde sans... by Jean-Baptiste Hassler est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported.
jeudi 13 juin 2013
Plat du jour n°8
LTI de Victor Klemperer
Aujourd'hui conseil pour les lecteurs avides des mots, du langage et de leur pouvoir. Conseil aussi à ceux et celles qui s'imaginent encore qu'un mot n'est rien qu'un simple mot, un ensemble de lettres.
Juif, Victor Klemperer vit le troisième Reich allemand aussi mal que les autres. Mais ce mal est le fruit vénéneux d'un temps sombre. Philologue, Klemperer souffre bien plus, observant avec effroi l'usage diabolique du langage par les états pour changer des mensonges en vérité, des concepts libres de débats en dogmes indiscutables.
Voici un extrait significatif du premier de ces courts chapitres issus de son journal de l'époque qu'il baptise du sigle secret de LTI:
«la langue ne se contente pas de poétiser et de penser à ma
place, elle dirige aussi mes sentiments, elle régit tout mon être moral
d'autant plus naturellement que je m'en remets inconsciemment à elle. Et
qu'arrive-t-il si cette langue cultivée est constituée d'éléments toxiques ou
si l'on en a fait le vecteur de substances toxiques ? Les mots peuvent
être comme de minuscules doses d'arsenic : on les avale sans y prendre
garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu'après quelque temps
l'effet se fait sentir. (…) [La langue] change la valeur des mots et leur
fréquence, elle transforme en bien général ce qui, jadis, appartenait à un seul
individu ou à un groupuscule, elle réquisitionne pour le Parti ce qui, jadis,
était le bien général et, ce faisant, elle imprègne les mots et les formes
syntaxiques de son poison, elle assujettit la langue à son terrible système,
elle gagne avec la langue son moyen de propagande le plus puissant, le plus
public et le plus secret. ».
LTI, l'abréviation latine de lingua tertii imperii, signifie langue du troisième empire. Mais c'est aussi un LHPO, lingua hominum politicum omnium , la langue de tous les hommes politiques.
Son livre illustre par des exemples précis de la langue allemande et du sens des mots combien un concept peut être métamorphosé pour contraindre l'homme à penser tel que l'état veut le voir penser.
Valable encore aujourd'hui, lorsque le parti socialiste français impose la notion de "mariage pour tous" à celle essentielle de "mariage homosexuel" pour transformer une affaire de société qui divise les points de vue en principe républicain dogmatique d'égalité. Valable dans tous les pays du monde, dictatures, royaumes, républiques, démocraties, et observable par la couleur criarde du politiquement correct.
Un livre qui, malgré son sérieux, se permet un amusement aigri pour cacher le malaise de la langue qu'on malmène. Il permet de dépasser les simples notions de bien et mal, de positions politiques, de valeurs morales personnelles, pour voir comment - en des mains expertes et mauvaises - le langage peut devenir une arme auquel pas un bouclier ne résiste.
Les mots apparaissent alors comme des sortilèges: qu'est-ce qu'une insulte sinon une malédiction? La réflexion de Nathalie Sarraute dans Enfance sur le mot "malheur" le montre ô combien! Qu'est-ce qu'un "je t'aime!" ou un compliment sinon un philtre d'amour ou une bénédiction? Klemperer prouve inconsciemment que la magie existe: on l'appelle le langage. D'où l'importance de l'orthographe à laquelle nous devons tant et que nous ignorons dans un monde où tout doit aller vite. "Hier ist kein warum", il n'y a pas de pourquoi, écrirait ici Primo Lévi.
Un livre pour réfléchir, un livre pour penser plus loin, un livre pour réacquérir le langage et dans sa clarté se libérer de la langue de bois.
Libellés :
Corde d'airin,
Coups de sang,
Plat du jour (suggestion du chef)
dimanche 13 janvier 2013
La Politique nouvelle
Il y a tant d'imitateurs que chacun a son préféré: Laurent Gerra, Nicolas Canteloup, Gerald Dahan, Michael Gregorio, Michel Leeb, Liane Foly, Yves Lecoq, Didier Gustin, j'en passe!
Le grand, non le premier mais plus accompli restant Thierry Le Luron.
Il a fait parmi ses scketch une imitation de Jean Ferrat qui vaut tant pour la prestation vocale que pour
le brio du texte pastiche d' On ne voit pas le temps passer. Texte qui m'a d'autant séduit par son impartialité (ou du moins, peu s'en faut) que j'ai voulu en faire un pastiche, pour mieux dire une réécriture plus moderne.
Ce sera, je l'espère notre unique incursion dans le labyrinthe fangieux de la politique (http://www.youtube.com/watch?v=gxtY6TYAGpE) :
Le grand, non le premier mais plus accompli restant Thierry Le Luron.
Il a fait parmi ses scketch une imitation de Jean Ferrat qui vaut tant pour la prestation vocale que pour
le brio du texte pastiche d' On ne voit pas le temps passer. Texte qui m'a d'autant séduit par son impartialité (ou du moins, peu s'en faut) que j'ai voulu en faire un pastiche, pour mieux dire une réécriture plus moderne.
Ce sera, je l'espère notre unique incursion dans le labyrinthe fangieux de la politique (http://www.youtube.com/watch?v=gxtY6TYAGpE) :
La
politique nouvelle
(merci
à Jean Ferrat et Thierry Le Lurron)
1.
Lorsque
sur le petit écran nous viennent en fin en journée
Ayrault,
Montbourg, François Hollande, c'est la joie dans la maisonnée !
Celui qui
disait qu'on avait plus aujourd'hui de grands comiques
N'a
jamais Copé-Fillon dans leur nouveau scketch politique !
Refrain
C'est
à mourir, mourir de rire !
Quand
on les voit à la télé !
Avec
eux, on peut bien le dire :
On
ne voit pas le temps passer.
2.
Jean-Louis
Borloo, c'est l'euphorie et Tobira, c'est l'allégresse !
Le
Pen, c'est Florence Foresti et Mélanchon, c'est De Funès !
L'effronterie
de Jean-Jacques Bourdin pâlit devant celle de l'Elysée !
On
peut se passer d' Jean Dujardin mais laissez-nous Alain Juppé !
Refrain
C'est
à mourir, mourir de rire !
Quand
on les voit à la télé !
Avec
eux, on peut bien le dire :
On
ne voit pas le temps passer.
3.
C'est
vrai qu'Ségo est ingénue et Bernadette est un peu vieille,
Qu'
Mamie Aubry a le poil dru, la Tornade blonde une voix d' crécelle !
Et
la commère Trierweiler, quel, imbécile peut dire qu'il l'aime ?
Et
pourtant j'échangerais pas ces greluches contre Najat
vallaud-Belkacem !
Refrain
C'est
à mourir, mourir de rire !
Quand
on les voit se trémousser!
Avec
elles, on peut bien le dire :
On
ne voit pas le temps passer.
4.
Avec
Peillon, le canabis devient libre, égal et fraternel,
Avec
Fabius, le sang versé a toujours su faire des merveilles !
Et
Sarkosy sur son vélo pour revenir attend l'grand jour
Et
l'exilé de l'Île-de-Ré n'en est pas à son premier r'tour !
Refrain
C'est
à mourir, mourir de rire !
Même
Colucci est dépassé !
Pourtant,
on pourrait bien le dire :
ça
nous ferait presque pleurer.
dimanche 11 novembre 2012
Satire peu pédante et fort brève sur l'intellectuialisme sitôt arrivé dans notre belle capitale parisienne
Pauvres mouches!
Que faîtes-vous donc en France?
En Sorbonne, en musées,
Dans les colloques, dans les débats, à l'Elysée,
On ne cesse de vous en***, êtres sans défense!
Pauvres mouches!

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Que faîtes-vous donc en France?
En Sorbonne, en musées,
Dans les colloques, dans les débats, à l'Elysée,
On ne cesse de vous en***, êtres sans défense!
Pauvres mouches!
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Libellés :
Chroniques d'une désillusion,
Corde d'airin,
Coups de sang
vendredi 17 février 2012
L'esclavage de la fourmi
Travaille, travaille, petite fourmi!
Et donne à Cigale, ton amie,
Le fruit de ton labeur.
Fatigue-toi et crève, fourmi!
Perds ta vigueur, ton énergie,
Pour la cigale, ta soeur.
Et pour les paresseux,
Acharne-toi, petite fourmi:
Montre que tu as du coeur!
Fourmi?Fourmi?Fourmi?Fourmi?
Où es-tu donc partie?
Fourmi?Fourmi?Fourmi?Fourmi?
Vers quel lointain pays?
Ne fais pas de scandale, cigale!
Et mets toi au travail, vandale!
Il n'y a plus de fourmi.

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Et donne à Cigale, ton amie,
Le fruit de ton labeur.
Fatigue-toi et crève, fourmi!
Perds ta vigueur, ton énergie,
Pour la cigale, ta soeur.
Et pour les paresseux,
Acharne-toi, petite fourmi:
Montre que tu as du coeur!
Fourmi?Fourmi?Fourmi?Fourmi?
Où es-tu donc partie?
Fourmi?Fourmi?Fourmi?Fourmi?
Vers quel lointain pays?
Ne fais pas de scandale, cigale!
Et mets toi au travail, vandale!
Il n'y a plus de fourmi.
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samedi 28 janvier 2012
Art Bureaucratique
Bureaucratie avant toute chose!
Et pour cela préfère l'imper'
Et lorsque tu n'as rien à faire
Agis comme si si tu faisais quequ'chose!
Il faut aussi que tu n'ailles point
Chercher tes mots sans quelque méprise
Et fredonnes-nous tes fables indécises
Où à l'énigme le normand se joint:
C'est la question du port du voile
C'est le bureau fermé à midi
C'est autour d'un café attiédi
Le ramassis d'épouvantails
Car nous suivons le code encore!
Pas le bon sens, rien que le code
Oh!Les règles seules accomodent
L' errement au coeur, le vice au corps!
Fuis loin de la morale assassine,
L'esprit songeur et l'âme mélancolique
Qui embrouillent les esprits mécaniques
Et retardent l'heure de la cantine.
Qui dira les torts de la peste/
Ce blanc pressé ou ce nègre fou
Qui n'a dossier ni rendez-vous
Et qui vient à l'heure de la sieste?
Bureaucratie, encore et toujours!
Qu'à te voir, on attende la journée
Quand tu la passes à téléphoner
A tes amies, à d'anciens amours...
Que tes propos soient la bonne aventure
Qu'aux questions, tu n'aies que des réponses
D'où s'exhalent le pourri et la ronce
Et tout le reste est bonne conjecture.

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Et pour cela préfère l'imper'
Et lorsque tu n'as rien à faire
Agis comme si si tu faisais quequ'chose!
Il faut aussi que tu n'ailles point
Chercher tes mots sans quelque méprise
Et fredonnes-nous tes fables indécises
Où à l'énigme le normand se joint:
C'est la question du port du voile
C'est le bureau fermé à midi
C'est autour d'un café attiédi
Le ramassis d'épouvantails
Car nous suivons le code encore!
Pas le bon sens, rien que le code
Oh!Les règles seules accomodent
L' errement au coeur, le vice au corps!
Fuis loin de la morale assassine,
L'esprit songeur et l'âme mélancolique
Qui embrouillent les esprits mécaniques
Et retardent l'heure de la cantine.
Qui dira les torts de la peste/
Ce blanc pressé ou ce nègre fou
Qui n'a dossier ni rendez-vous
Et qui vient à l'heure de la sieste?
Bureaucratie, encore et toujours!
Qu'à te voir, on attende la journée
Quand tu la passes à téléphoner
A tes amies, à d'anciens amours...
Que tes propos soient la bonne aventure
Qu'aux questions, tu n'aies que des réponses
D'où s'exhalent le pourri et la ronce
Et tout le reste est bonne conjecture.
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dimanche 28 août 2011
ça sert à rien un livre!
Ça sert à rien un livre. La preuve, j’en ai jamais lu ! Comment ? À se détendre que ça sert ? Tu rigoles ! C’est ennuyeux à mourir et les auteurs se la jouent genre « je comprends des trucs mais pas toi ». Ils t’foutent des trucs tordus de chez tordu, menu best-of, tu vois ? T’as beau lire, tu sais tout déjà. Alors, genre comme tu sais tout, tu vois, ils t’inventent des trucs machins cachés derrière, genre en fait y’a un sens caché, tu vois ? Moi pour me détendre je mate des films….ou des moeufs, tu vois ?
Ça sert à rien livre, c’est pas sérieux. Les mecs, ils t’écrivent des trucs qui servent à que dalle ! J’te jure, la vie d’ma sœur ! Franchement, qu’est-ce qu’on en a à foutre, Blanche-Neige, elle aime les nains, le renard, il a pécho son machin au corbeau et la marquise, elle sort de chez elle à cinq heure ! Franchement, c’est prise de tête pour que delle, wesh ! Même Sarko, il l’a dit la Princesse de j’sais plus où, ça sert à rien ! J’préfère lire La flamme et la cendre de Strauss-Kahn ou La misère du monde de Pierre Bourdieu, ça au moins ça t’apprend des trucs en politique. Et même, ça sert à que dalle, parce que ça sert à rien un livre ! c’est des trucs trop faciles, des trucs pour gamins.
Sérieux, à quoi ça sert un livre ? Dis-moi, toi qui sais tout là, et qui ris depuis le début, là, ça sert à quoi ?
Ah ! Tu sais pas, hein ? Bah, c’est parce que ça sert à…quoi ? À apprendre à vivre ? Que dalle ! Et puis c’est qui ce Montagne ? Quoi ? Montaigne ? Ah, ouais, c’est le gars qui a essayé d’écrire ? Bah, ça sert à rien de le lire, s’il a pas réussi ! T’es sérieux, wesh ! Apprendre à vivre ! Pff ! Comme si on avait pas déjà les profs huit heures par jour pour le faire ! Comme si genre moi, j’sais pas vivre ! Genre là qu’est-ce que je fais ? Ça sert à rien d’apprendre à vivre, la preuve j’ai jamais vécu !
*
Il a raison, que diable ! Moi je vois, je suis en politique mais je travaille dans le domaine économique, et je peux vous le dire raisonnablement ! Entre nous, à quoi ça sert de lire ? C’est dangereux, même ! Cela nous prépare toute une génération de bovarystes attardés, qui n’ont jamais foutu les pieds en entreprise ou en bourse, à l’usine ou derrière un comptoir où se passe la vie réelle ! Ces gens, comme les étudiants en langue, en histoire, en littérature, qui vivent reclus dans leurs université, tels des moines, évitant le monde, le vrai, l’unique, celui du travail, que très personnellement je connais bien ! Ces gens qui ne conçoivent pas un instant que c’est l’économie qui fait tourner le monde, laissez-moi parler, je ne me tairais pas ! L’économie, le rendement, l’expérience professionnelle en entreprise ou dans un commerce quel qu’il soit, voilà, oui, messieurs, voilà le seul axe terrestre !
Alors que ces maudits lecteurs de pacotille, ces bois-sans-soifs de rêveurs empotés, ces inlettrés à cornes de pied-plat ridicules, qu’ils se réveillent ! Qu’ils sortent enfin de leur bouquin, prennent leur tablier et qu’ils aillent couper de la viande, réparer des voitures, vendre des produits cosmétiques, pour faire augmenter la productivité, pour augmenter le pouvoir d’achat, qu’on puisse vendre, acheter, boursicoter, qu’on puisse en un mot faire tourner le monde plus efficacement encore !
*
C’est tout ? Ah non ! C’est un peu court jeune homme ! On pouvait dire…oh ! Dieu !... bien de choses en somme. En variant le ton ; par exemple tenez :
Agressif : Moi, monsieur si comme vous j’avais la prétention ou la prétérition, le caractère prométhéen d’apprendre au monde à vivre ou même, tiens, à parler, je rougirais de honte, me sachant un parleur inutile !
Amical : Mais reconnaissez-le, bien que votre science comporte quelques attraits, elle ne sert à rien qu’à aligner des lettres…
Descriptif : C’est un livre, c’est un amas de papier, que dis-je « c’est un amas de papier », c’est un arbre écorché !
Curieux : À quoi sert donc, monsieur, de lire à s’en rendre myope, ou d’écrire sous l’emprise d’un rêve ou de la drogue ? Vos paradis artificiels donnent-ils une double vue ? Et si oui, laquelle ?
Gracieux : Aimez-vous à ce point les moucherons que paternellement vous vous préoccupâtes de tendre ce perchoir à leur petites pattes ?
Truculent : Se peut-il vraiment, Ô grand arracheur de plume à la tête de fantaisies farcie, que sur cet étroit bout de feuille, l’œil plus attiré par l’écran de l’ordinateur ou de la télévision, trouve quelques petites choses qui parlent intelligemment à l’âme tout en la divertissant et en attaquant le cristallin du lecteur ?
Prévenant : Gardez-vous, votre tête entraînée par ce poids, de tomber en arrière sur la lune !
Tendre : C’est une forêt sans fin dont on ne revient pas : venez dans nos campagnes pour amasser du bois !
Pédant : Comme l’a dit autrefois votre ami Boileau dans son art poétique si je ne m’abuse : « écrive qui voudra, chacun peut à ce métier gâcher de l’encre et du papier »
Cavalier : Ça n’sert à rien de lire, excepté aux toilettes ! Ça n’ sert à rien d’écrire, sauf pour les analphabètes !
Emphatique : C’est à toi, Ô Ploutos que je donne mon âme ! Va-t-en Ô Phébus, je te trouve si infâme !
Dramatique : Quel terreur vous inspire ces fous qui lisent du peau d’Âne quand il faut lire Strauss-Kahn ! Il faut les enfermer ces bouches inutiles à la société !
Admiratif : Ah non ! Vous ne le sauriez être que de vous-même !
Lyrique : Et le chantre poussiéreux de petites lettrines
Naïf : Ces monuments, quand les visite-t-on ?
Respectueux : Souffrez, Monsieur, que l’on vous hue : vous êtes, sauf votre respect un hurluberlu !
Campagnard : C’est-y ben qu’j’allons pas lire ce genre de sornettes, dis donc un peu ! Pas fou, l’taureau !
Militaire : Halle Berry nue me console bien plus qu’aucun de vos écrits !
Pratique : Ça sert à rien un livreuh !
Enfin, parodiant Starmania en un sanglot : J’aurais voulu faire économiste pour pouvoir me faire un ptit magot ou peut-être chef d’entreprise plutôt qu’gardien d’antiques bibelots !
Voilà ce qu’à peu près, jeune homme, vous m’auriez dit si vous aviez un peu de lettre et d’esprit ! Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres, vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres vous n’avez que les trois qui forme le mot sot : Vil marchand, sot compteur, tête vide, apprenez que je m’enorgueillis d’un pareil vice, attendu qu’un bon livre, qu’on le lise ou l’écrive, est proprement l’indice d’un être affable, bon, courtois, spirituel, tel que je le suis, et tel qu’il vous est à jamais interdit de le croire déplorable maraud !
*
Tant de mots, tant de déchirements, pour savoir qui de l’un ou de l’autre vit plus utilement. Cela me rappelle les mots d’un sage qui a vécu il y a tout juste deux cents ans cette année :
« Non, imbéciles, non, crétins et goitreux que vous êtes, un livre ne fait pas de la soupe à la gélatine ; — un roman n’est pas une paire de bottes sans couture ; un sonnet, une seringue à jet continu ; un drame n’est pas un chemin de fer, toutes choses essentiellement civilisantes, et faisant marcher l’humanité dans la voie du progrès. (…)En vérité, il y a de quoi rire d’un pied en carré, en entendant disserter messieurs les utilitaires républicains ou saint-simoniens. — Je voudrais bien savoir d’abord ce que veut dire précisément ce grand flandrin de substantif dont ils truffent quotidiennement le vide de leurs colonnes, et qui leur sert de schibroleth et de terme sacramentel. — Utilité : quel est ce mot, et à quoi s’applique-t-il ?
Il y a deux sortes d’utilité, et le sens de ce vocable n’est jamais que relatif. Ce qui est utile pour l’un ne l’est pas pour l’autre. Vous êtes savetier, je suis poète. — Il est utile pour moi que mon premier vers rime avec mon second. — Un dictionnaire de rimes m’est d’une grande utilité ; vous n’en avez que faire pour carreler une vieille paire de bottes, et il est juste de dire qu’un tranchet ne me servirait pas à grand’chose pour faire une ode. — Après cela, vous objecterez qu’un savetier est bien au-dessus d’un poète, et que l’on se passe mieux de l’un que de l’autre. Sans prétendre rabaisser l’illustre profession de savetier, que j’honore à l’égal de la profession de monarque constitutionnel, j’avouerai humblement que j’aimerais mieux avoir mon soulier décousu que mon vers mal rimé, et que je me passerais plus volontiers de bottes que de poèmes. Ne sortant presque jamais et marchant plus habilement par la tête que par les pieds, j’use moins de chaussures qu’un républicain vertueux qui ne fait que courir d’un ministère à l’autre pour se faire jeter quelque place.
Je sais qu’il y en a qui préfèrent les moulins aux églises, et le pain du corps à celui de l’âme. À ceux-là, je n’ai rien à leur dire. Ils méritent d’être économistes dans ce monde, et aussi dans l’autre.
Rien de ce qui est beau n’est indispensable à la vie. — On supprimerait les fleurs, le monde n’en souffrirait pas matériellement ; qui voudrait cependant qu’il n’y eût plus de fleurs ? Je renoncerais plutôt aux pommes de terre qu’aux roses, et je crois qu’il n’y a qu’un utilitaire au monde capable d’arracher une plate-bande de tulipes pour y planter des choux.
À quoi sert la beauté des femmes ? Pourvu qu’une femme soit médicalement bien conformée, en état de faire des enfants, elle sera toujours assez bonne pour des économistes.
À quoi bon la musique ? à quoi bon la peinture ? Qui aurait la folie de préférer Mozart à M. Carrel, et Michel-Ange à l’inventeur de la moutarde blanche ?
Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid, car c’est l’expression de quelque besoin, et ceux de l’homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre et infirme nature. — L’endroit le plus utile d’une maison, ce sont les latrines. »
Allons plus loin encore : qu’y-a-t-il d’utile dans notre vie ? Qu’est-ce qui fait tourner le monde ? Mieux encore ! Qu’est-ce que notre monde ? Si ce n’est qu’un petit caillou dans un énorme gouffre ? Le fait qu’une fourmi y amasse des feuilles signifie-t-il réellement qu’elle le fasse tourner ?
Ou est-ce une rassurante illusion pareille à celle des ordinateurs et de la télévision qui font croire à un monde si bien mis en place, si parfait qu’il ne peut avoir de fin et d’utilité que la création même de cette illusion ?
Même l’homme qui en vaut une masse à lui seul selon Homère, tant il est utile, ne sert qu’à rallonger un songe de quelques jours encore…
Le monde d’un livre est immortel et est immense, sans limites et sans fin : son soleil est l’imagination et il existe tant que l’acte de lecture existe : c’est un monde immortel que seul celui qui ne lit pas détruit. Messieurs les utilitaires, qui n’aimez ni lire ni écrire, je vous accuse à l’avance du plus grand génocide de l’histoire du monde.
Vous ne lirez ni n’écrirez pas plus, j’en suis fort aise ! Eh bien, dormez maintenant.
vendredi 19 août 2011
La révolte des lutins
Fini les bisounours et les contes de fée!
Le Prince et la Princesse ne se sont pas mariés:
Ils n'eurent pas d'enfants, c'est là leur seul bonheur
Mais ils se sont aimés, c'est bien cela qu'ils pleurent.
Plus de parcs, de châteaux ou de lacs merveilleux,
Seule une ville et des gares où règne l'ANPE.
Plus d'amour, de chansons sous les arbres, les balcons:
Le Romantisme n'est plus qu'un musée moribond...
L'Ironie corrosive dans les rues tourne en rond,
Passion maladive des agglomérations.
*
La Belle aux bois dormant reçoit pour toute visite
Qu'un absurde Barbe-Bleue qui ne pense qu'à sa b...;
Le chat botté n'a plus un zeste de malice:
Il chasse les souris dans des flaques de pisse.
Le chapelier toqué, mariné au vin rouge,
Enfourche Blanche-Neige et le Chaperon rouge.
*
Assez! Il faut laver vos âmes que les railleries
Ont sous quelques excréments cloîtrées, ensevelies
Allez! Il faut rêver! Et croire qu'on peut s'aimer
Dans un monde qui ressemble à un conte de fée.

Le Prince et la Princesse ne se sont pas mariés:
Ils n'eurent pas d'enfants, c'est là leur seul bonheur
Mais ils se sont aimés, c'est bien cela qu'ils pleurent.
Plus de parcs, de châteaux ou de lacs merveilleux,
Seule une ville et des gares où règne l'ANPE.
Plus d'amour, de chansons sous les arbres, les balcons:
Le Romantisme n'est plus qu'un musée moribond...
L'Ironie corrosive dans les rues tourne en rond,
Passion maladive des agglomérations.
*
La Belle aux bois dormant reçoit pour toute visite
Qu'un absurde Barbe-Bleue qui ne pense qu'à sa b...;
Le chat botté n'a plus un zeste de malice:
Il chasse les souris dans des flaques de pisse.
Le chapelier toqué, mariné au vin rouge,
Enfourche Blanche-Neige et le Chaperon rouge.
*
Assez! Il faut laver vos âmes que les railleries
Ont sous quelques excréments cloîtrées, ensevelies
Allez! Il faut rêver! Et croire qu'on peut s'aimer
Dans un monde qui ressemble à un conte de fée.

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