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mercredi 21 novembre 2012

Veillée

(à Morgane Videlo)


Alors que ma chandelle remplace mensongère
Du dieu Jour qui chancelle l'iradiante lumière,
Ma gloire de Cyrano chausse deux nouveaux yeux
Qui s'en vont se noyer dans des livres poussiéreux
Où se cache, taquine, toute la sagesse des pères
Laquelle m'entraîne comme Faust sur l'océan des Mères
Depuis le Walpurgis de ma chambre solitaire
Devant les murs de Troie ravagée par la guerre
Où Hélène souriante m'accueille, encore qu'étrange,
En flattant mon orgueil de ses muettes louanges;
Ménélas et Pâris envient alors mon sort:
"Quoi?Il suffit qu'il lise pour qu'Hélène donne son corps?"
Il est une beauté que seul le rêve prête:
Que chevauchent mon Bouraq ceux qui en sont en quête!
Dame Nuit s'est installée, deux de mes yeux se ferment
Et Dame Lune éclaire mon pupitre rendu blême.
Les deux autres tiennent ferme du haut de mes oreilles;
Avec eux, au bureau, seule la chandelle veille.





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St Jérôme par Le Carravage

dimanche 3 juin 2012

Le cuisinier tue le cygne


Un homme était en compagnie exquise
Sur un navire qui heurta une banquise.
La foule s'écrie, l'alarme est mise :
On débarqua Marquis, Marquises,
Le reste sauta dans la mer grise.
Voilà notre homme à la dérive
Qui du naufrage, rapide, s'esquive
Et approche la terre rêvée
Où le navire devait l'emmener.
Mais alors qu'il approche de son but
Un courant que le Roi des eaux voulu
L'éloigne de la berge,
Avec l'épave l'immerge.

Il en va ainsi pour les professeurs
Qui, de ce monde, ont atteint les hauteurs
Mais sont contraints de rejoindre les vallées.
Au moment où ils peuvent voler
Et au Parnasse faire leur entrée
La grasse voix de vielle mégère
De Dame Pédagogie scolaire
Le rappelle en ces mots,
Abolis bibelots
D'inanité sonore
Dont le pédant s'honore :
« Hep, hep, hep!Non, non, non ! Reviens là, Magister !
Car le moindre avorton fera mieux ton affaire ! ».



 
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Le curé professant aux chiens et aux chats




Un curé de village, altruiste et fort benêt,
Voulait, se trouvant sage, établir une paix
Entre aboyents mâtins
Et chats fourbes leurs voisins.
Il visita tous deux et, à coups de sermons,
Entendait faire entendre à ses ouailles raison.

- « Allons, ami le chien ! N'est-il pas adorable
Ce chat?Et ses manières ne sont-elles pas affables ? »
- « C'est un lâche paresseux dont la seule constance
Vient qu'il chasse les souris avec ire et violence !
Je ne pactiserai pas avec ce malandrin ! ».

Avec Sieur le chat, il n'eut guère plus de chance :
- « Moi me lier d'amitié avec cette brute épaisse 
Qui ne cesse de grogner, qui croit que tout l'agresse
Je préfère pendre encore au bout d'une potence ! ».

Il a beau tout tenter, il ne parvient à rien :
Chaque jour ce Quichotte poursuit son combat vain.

Pourquoi toujours chercher l'accordance des êtres
Qu'aucune société n'a jamais pu permettre ?

 
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vendredi 17 février 2012

L'esclavage de la fourmi

Travaille, travaille, petite fourmi!
Et donne à Cigale, ton amie,
Le fruit de ton labeur.

Fatigue-toi et crève, fourmi!
Perds ta vigueur, ton énergie,
Pour la cigale, ta soeur.

Et pour les paresseux,
Acharne-toi, petite fourmi:
Montre que tu as du coeur!

Fourmi?Fourmi?Fourmi?Fourmi?
Où es-tu donc partie?
Fourmi?Fourmi?Fourmi?Fourmi?
Vers quel lointain pays?

Ne fais pas de scandale, cigale!
Et mets toi au travail, vandale!
Il n'y a plus de fourmi.



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samedi 28 janvier 2012

La fuite de Troie

"Les grecs mettent feu à Troie! Courrons!Courrons!Courrons!
L'immense cheval de bois a recraché des monstres!
Fuyons dans le Latium et laissons la patrie
Dans le capharnaüm de l'ire des ennemis!"
Ainsi parlait Ilion devant l'invasion.

"Qu'y pouvons-nous bien faire? Les murailles sont en feu!
Les casques mortifères d'ennemis sont trop nombreux
Aux remparts, dans la Ville, qui leur défend l'accès?
Et nos fils et nos filles tombent déjà sous leurs traits.
Abandonnons nos richesses, laissons-les à nos hôtes
Oublions la tendresse de celle qui fut notre
Et gagnons nos vaisseaux, et traversons les mers
Vers un lieu plus clément, fut-il les Enfers!"
Ainsi parla Enée aux aînés forcenés.

"Ainsi tu veux trahir Neptune et Apollon
Qui nous ont fait présent de la ville d'Ilion?
Ainsi, pleurait Anchise, tu veux sacrifier
La mémoire de Priam et d'Hector souillée
Par le cruel Achille et la ruse d'Ulysse
Après cette poltronnerie, tu t'oses dire mon fils?"
Ainsi parla son père devant sa lâcheté.

"Ecoute celui qui te portes sur ses épaules
Ilion vient de finir comme finira la Gaule.
Contre l'envahisseur, nous n'avons nul pouvoir
Comme les gaulois qui s'opposeront à César.
Or, nous pouvons mourir comme fera Cléopâtre
Ou nous pouvons fuir et pour Rome nous battre."
Ainsi parla Cassandre et Ilion fut quittée.

***

A cette étrange fable, il n'y a nulle morale
Mais un parti à prendre vers l'Amont ou l'Aval.

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vendredi 5 août 2011

Deux anges et les Hommes

Il était une nuit, une nuit de Noël,
Où deux anges blancs  vêtus de neige naturelle,
Envoyés par Dieu, cherchaient une âme pure.

« Pareille quête en ce monde, dit l’un, c’est une torture !
Il n’y a d’innocent que les êtres du ciel :
Rossignols, rouge-gorges ,moineaux et tourterelles !
Les hommes aux autres hommes en tout temps font la guerre
L’argent comme l’ambition les plongent dans la misère
D’une condition déjà fort misérable :
Innocents et candides, eux-mêmes, deviennent coupables !
Que peut-on espérer d’une race qui s’insulte,
Et dont Dame Colombe ne calme les tumultes ? ».

Tandis que le second, à ces mots hoche la tête,
Un groupe de bûcherons, une troupe d’hommes de lettres
Allument d’un même cœur un  pieux feu de joie
Autour duquel ensemble, ils dansent, boivent et tournoient.

Ne désespérez point d’un homme un jour mauvais
Que sa bonté première ne revienne jamais.