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dimanche 7 octobre 2018

Un monde sans ... n°19: Un monde sans Aznavour



Que c’est triste, le monde, quand Aznavour est mort ! Qu’il est triste, le monde, quand on ne l’entend plus ! Les médias, les églises, ses mélodies nous portent, inutiles mélopées à nos oreilles déçues … He must be the face we can’t forget.

Mais Aznavour est comme un jour, il s’en va, il s’en va, Aznavour, et il n’est bientôt plus qu’un plaisir démodé, une Bohème, un Ménilmontant d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, puisqu’on ne connaît plus aujourd’hui ce qui date d’avant sa naissance …

Que c’est triste, le monde, quand Aznavour est mort ! C’est un monde qui n’est pas for me, for me formidable … mais show must go on, comme ils disent.
Et pourtant, pourtant, on aime que lui, le monde d’Aznavour . Alors, oui, il faudra bien que l’on retrouve notre raison, notre insouciance et nos élans de joie. Oui, il faut savoir encore sourire quand le meilleur s’est retiré et qu’il ne reste que le pire dans une vie bête à pleurer .

Mais ces dernières années, nous avons tant perdu !
Roger Moore et Patrick Macnee, les derniers gentlemen !
Christopher Lee, le plus grand des monstres du cinéma !
Ken Adam, le bâtisseur des rêves !
Simone Weil, la survivante mais aussi l’engagée !
Carrie Fischer et Claude Gensac, les Princesses des chevaliers Han et Louis !
Pierre Bellemare, Guy Piérauld et Jean Piat, les incomparables voix de notre enfance !
Et Johnny Halyday, le cow-boy rockeur !
Et France Gall, évidemment …

Malgré tout cela, il faut savoir mais moi, je ne sais pas et comme deux tziganes qui, sans répit, gratteraient de leurs guitares, les chansons d’Aznavour font renaître sous sa voix ma folle mémoire …
Un monde sans Aznavour est un monde sans mémoire, un monde bien vide. Alors, camarade, camarade, soyons à notre tour des Simone Weil, des Roger Moore, des Aznavour, des engagés, des gentlemen ou des crooners ! Que l’on puisse dire : Aznavour est mort, vivent Aznavours !

Car, au fond, avouons-le entre nous, il ne peut exister de monde sans Aznavour.



samedi 3 août 2013

Un monde sans 18: Un monde sans chat




Un monde sans chat


à Lana Parisot

Un monde sans chat, c'est un monde sans nuit et sans gris. Un monde parfait où les noctambules et les insomniaques peuvent dormir tout le jour car ce sont eux qui font office de chat. Encore qu'un monde sans chat soit un monde sans eux. Par extension, c'est donc aussi un monde sans parisiens, new-yorkais ou autres rôdeurs nocturnes dignes des poèmes d'un Bertrand ou d'un Baudelaire.

Un monde sans chat, c'est aussi un monde hypocrite, un monde de menteurs, un monde de flatteurs, où l'on cherche à ne surtout pas vexer en déformant verbalement la vérité. Un monde proche du nôtre où un cambrioleur fragilisé par la vie travaille en volant, un couple homosexuel met au monde de façon naturelle, où c'est apparemment une tare écœurante que ne pas être français. Un monde de mensonges punis par la vérité qui ne manque jamais à sortir de son puits. Un monde de chat... y ment. En bref, un monde où l'on peut pas appeler un chat un chat. Comment le pourrions-nous puisqu'il n'existerait pas ?

C'est un monde où Baudelaire et Hemingway perdent leurs plus fidèles compagnons. Un monde d'écrivains ou poètes sans inspiration.

C'est un monde où l'on explique difficilement la grammaire : comment distinguerait-on le sujet du complément d'objet direct sans cette phrase incontournable : "Le chat chasse la souris."

C'est un monde sans Égypte ou d’Égypte sans foyer. Bastet a déserté les sentiers proches du Nil ; ne reste que sa cruelle sœur aînée à tête de tigre, Sekhmet, déesse de la guerre et du carnage. C'est un monde de guerre civile et extérieure, où il est impossible de connaître la paix. Une rangée terrifiante de maisons qui brûlent, d'intimités rongées par un impossible vivre-ensemble.

C'est un monde sans mystère qu'incarne de façon si fantastique les hurlements de "tigre en furie" ou d'"enfants qui crient" dont parle le satiriste. Un monde sans incompréhension et sans énigme, où l'on sait malheureusement, désespérément et fatalement tout ce qu'il y a à savoir. Un monde où l'on s'ennuie de savoir tout. Un monde qui prête l'envie de somnoler pour oublier que l'on sait voire oublier qu'on est. Un monde où l'homme est un chat qui s'ignore.

C'est un monde où l'on ne chasse pas la souris. Où les femmes sont apeurées à l'idée de croiser leurs cruelles ennemies ou de les remplacer pour devenir la proie de matous déjà loups. Un monde de séduction perpétuelle où pas une minute une femme ne se sent pas hélée par un félin aux malhonnêtes intentions. Ou bien, un monde sans femmes, un monde de chiens amicaux, excités et querelleurs, sans grâce, sans soins, sans intrigues, sans raffinement et sans psychologie.

C'est aussi un monde sans sadisme et jeu de traque, de chasse. Sans délices de la souffrance et de la provocation. Un monde où l'on ne joue ni à chat perché ni au chat et à la souris. Un monde sans menottes, sans fouets, sans baillons et autres perversités. Un jeu sans poker, sans jeux amoureux secrets et sans stratégies. Un monde où Sherlock Holmes joue du violon en geignant et le Marquis de Sade s'endort la tête dans un bénitier.

C'est aussi un monde qui rappelle l'écurie d'Augias, où la moindre chute peut être plus que mortelle, laissant les êtres pour morts et s'observant mourir. Un monde terrible d'ennuis qui se conjuguent, sans jamais s'annuler ni s'effacer. Car, rappelons-le, c'est un monde où l'on ne retombe pas sur ses pattes.

C'est un monde de mort, froid, noir, pestilentiel et infertile. Un monde de terreur sourde et profonde, un caveau athée où l'on croit pas à la vie après la mort. Un monde de vie unique sans le Docteur aux 12 vies, sans chats aux 9 vies. Un monde sans résurrection ni réincarnation. Un monde sans métamorphoses, un monde rigide où l'on meurt de rester toujours le même comme une statue d'angelot rococo d'une église de Burnau. Un monde où l'on ne supporte que l'éternelle beauté et l'immarcescible jouvence. Un monde inhumain d'adolescents idiots qui n'aiment que le prêt-à-consommer et les idées toutes faites.

Mais c'est aussi un monde sans épicurisme et sans hédonisme où l'on ne cueille pas le jour présent, couché dans l'herbe, avachi pesamment sur la souche labyrinthique de ses pensées, à jouir de chaque seconde et du moindre zeste de vent qui caresse nos risibles carcasses.

Un monde sans chat n'est pas un monde mais un poussiéreux musée où l'on conserve méticuleusement des copies ratées qui ne trompent plus personne.


Gazeran, le 2 Août 2013


Un monde sans…
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vendredi 23 novembre 2012

Un monde sans 17

Un monde sans monde

Dans les oreilles et dans les bouches, d'oralité en auralité, sur toutes les ondes, dans tous les esprits, c'est elle qui murmure, qui chuchote, d'un air moqueur et sur un ton mielleux . Alors on y croit, on y croit pas, on feint de l'ignorer ou on l'ignore complètement. Mais elle est là. Consciemment ou inconsciemment. Le chevalier noir se lève et le ciel chute, dit-on dans les salles obscures. Oui, elle est là, la fille hideuse des mayas qui pose cette question: Que serait un monde ... sans monde?

Ce serait un monde incomplet où vivraient, rescapée, cette populace hétérogène qui s'entrehait à longueur de temps. Que ce serait drôle et triste à la fois! Un raciste au bras d'un noir, un arabe au bras d'un juif, un homosexuel au bras d'une femme éprise de lui, un chinois sur-développé au bras d'un pauvre paysan africain qui ignore jusqu'à l'existence du téléphone, qui tous se diraient: "Mon frère, en combien de morceaux allons-nous encore nous scinder ?". Comme disait Claudel: "Un morceau de jade cassée vaut mieux qu'une tuile entière"!
Ce serait un monde suturé, boursoufflé de cratères, où bien que restés sur terre, les terriens vivraient sur la lune et seraient des extra-terrestres!
Ou un monde inexistant, tout court. Un monde dans le vide, dans l'espace infini...un monde où l'on ne manquerait pas de place mais où tous combattraient pour sa place au soleil tant sont foids les froids de l'espace...

Une minute... mais alors ...ne nous serions-nous pas en présence d'un monde sans monde dans notre monde? Où chacun veut sa place au soleil? Où pour cela certains sont prêts à détruire le monde?
Et plus avant encore, dans un monde individualiste où l'on refuse cette mussetienne "brochette d'ennuyeux qu'on [avale] à la rigueur", qu'est-ce que le monde? Si ce n'est ce que l'ego disproportionné ne saurait accepter, faute de place? Un monde de solitaires, d'égoïstes, de voix et de paroles qui communiquent à qui mieux mieux là où le temps qui toujours manque ne laisse la possibilité de se voir à personne.

Ne l'attendez plus, la fin du monde. Elle a déjà eu lieu puisqu'en effet, nous vivons dans un monde sans monde.

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mercredi 13 juin 2012

Un monde sans.... n°16

Un monde sans politique

Quand s'ouvre - indépendamment de nous, selon toute vraisemblance - ces boîtes de Pandore que sont les différents médias, sort cette incontournable ritournelle: "Je sais ce que pense les français. Et ils ont bien raison!". Il y a en France, comme le dirait un perse, de véritables magiciens.
Ceux-ci savent tout: chiffres, conditions de vie, avenir, marque du caleçon d'Allah, mensurations exactes du ventre de Bouddha, antidépresseur de Yahvé et degré de bienveillance de Dieu. Ces hommes ne sont pas des hommes: ce sont des dieux. Imagine-t-on un monde sans dieux? Des dieux, ou pour être plus exact, d'habiles illusionnistes. Car d'aucuns sait que tout tour de magie a un truc. Et nous, public d'adultes, sommes ravis par ce spectacle de Guignol plus vraiment de notre âge.... Il se substitue à cette impression perdue du XIXème siècle que l'on vit l'Histoire. Chaque élection, aux dires de nos alcandres, sont des "moments historiques". Comme tous mes combambins, je m'enflamme, je m'enrage ou j'exulte devant ces marionnettes dérisoires qui se tapent dessus - non à coups de bâton - mais à saillies de de railleries infantiles.

Et soudain, retournant au doux port du Parnasse, où je m'entretient avec l'ami Denis et l'ami Jacques, je prends conscience de la simplicité et de la vacuité de ce théâtre aux héros non consumables malgré leurs lacunes: Le Pen a changé de sexe, Marchais s'est essoufflé en un Noir-Petit, Mitterand a rapetissé et prit autant de ventre que de ridicule. Au royaume de l'UMPie, les corbeaux se disputent la charogne du vieux lion; Et l'unique maraud du désert des centristes...
Lorsqu'on entend Coluche annoncer l'accession au pouvoir d'un socialiste en 2012, on donne raison à Jacques: cela était écrit là-haut, sur le grand rouleau...de la presse et de la science politique. Le fatalisme est tel que celui d'entre nous qui dit: "Moi?Je n'irai pas voté!" finit, enveloppe à la main, dans l'isoloir et devant les urnes.

 C'est alors que Denis me posa cette question, s'étranglant dans un rire, Jacques sifflant: "Et que feriez-vous, jeune sot, dans un monde sans politique?". Sots que nous sommes, que ferions-nous?

Un monde sans politique, c'est un monde sans détours. Tous ses chemins seraient droits, longs, monotones. Certes, on saurait où l'on va mais comme le dit de Picasso: "si l'on sait où l'on va, à quoi sert d'y aller?". Les routes sinueuses, hors des chemins battus, sont bien plus dangereuses mais plaisent ô combien plus!
Sans détours de langage. Sans ces termes imbéciles dont se rit Kavanagh: "plus de malentendants, plus de forte corpulence, plus techniciens de surface, plus d'hommes de couleur, d'hommes à l'aise avec leur  sexualité, plus la peur de choquer dès qu'on ouvre la bouche. Un monde où Bénabar se tait, ne sachant plus que dire. Mais c'est aussi un monde sans nuances, sans  messages cryptés, sans jeu de non-dit.

Un monde sans politique, c'est un monde sans foot. Pas d'équipes, pas de supporters, pas de rencontres, peu de passions. Sans débats animés... mon dieu, serait-ce déjà le cas? Ouf! Les extrêmes sont là: le show can go on.

Un monde sans politique, c'est un monde d'abstentionnistes: un monde sans espoirs, fondés ou non, figé dans une résignation morne, digne des plus sombres romans d'initiation. C'est un monde sans bistrots, puisque c'est là qu'on parle politique. C'est un monde sans lieux de pouvoir, puisque c'est là qu'on la fait. Un monde où les poignées de mains sont toutes significatives, où l'amitié a encore toujours un sens, un monde où les événements du quotidien ne sont pas surfaits et parfois factices.

C'est un monde où le phénix de Clèves serait resté en cendres. Un monde où Jeanne D'Arc ne serait qu'une héroïne d'épopée. Un monde où l'on ne représente Molière qu'à la Comédie Française. Un monde où nul ne s'intéresserait à l'Histoire contemporaine. Un monde ennuyeux, sans intrigues ni cabales, sans obséquieux ni flatteurs.

Un monde moins fatiguant. Un monde où la tête se fait plus légère. Un monde où la philosophie n'est pas myope, fixée sur le social, mais clairvoyante, méditant aux essentiels de l'existence.

Ce monde existe: c'est une île déserte!



 
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lundi 3 octobre 2011

Un monde sans 15...

     Un monde sans écriture...                                                                                                                                                        
                                                                                                                                                    
                                                                                                                                                     

                                                                                                                                                     
                                                                                                                                                      
                                                                                                                                                     
                                                                                                                                                     

                                                                                                                                                      

vendredi 5 août 2011

"Un monde sans… " 14

Un monde sans dictionnaire de synonymes (à Christina Stiede qui, la première s’est posé cette question)

C’est un monde avec un dictionnaire en moins, constatation des plus élémentaires et des plus abordables.
Un monde sans polysémie, sans double-sens, sans faux-amis, sans sosies, sans jumeaux,  sans équivalents, et par voie de conséquence sans cette liste.

Un monde sans babélisme où l’on trouve encore une langue matrice : toute langue effacée, chacun se comprend et tous les hommes sont égaux. C’est un monde parfait ! 

On ne peut s’y tromper, s’y mentir, s’y méprendre, les signes étant uniques et délivrant chacun un sens qui lui est propre, sans voisinage de sens. C’est un monde où le langage est franc, honnête, comme le sont ses habitants. Qui ne voudrait vivre dans un tel monde ?
Seulement voilà : un monde sans dictionnaire de synonymes est aussi un monde sans nuances, sans toutes ces petites parcelles de sens, dont on se passerait volontiers,  mais qui forment le Tout de notre langage. Et un monde sans synonymes devient vite à son tour aussi imparfait que celui qu’on lui oppose.

Certes, un monde sans dictionnaire de synonymes n’empêche pas l’existence de la synonymie. Mais en ce qui concerne la connaissance de ces synonymes, le dictionnaire est la porte qui en garantit l’accès, d’où sa véritable importance. D’où un monde sans dictionnaire de synonymes est un monde de nuances qui existent et que l’on ne connait pas.

Un monde où l’on pourrait s’entendre mais où le sens se perd dans les abysses profondes de l’ignorance.

dimanche 31 juillet 2011

"Un monde sans…" 13

Un monde sans poètes…

C’est un monde de Cybernautes perdus, qui vivent pour vivre comme une montre qui ne s’arrêterait pas dans un monde sans temps. Un ensemble de rouages bien huilés, mécaniques, sans âmes, qui tournent, tournent et tournent et dont le seul grain est cette même troupe de rêveurs.

Bref, un monde fidèle à l’esprit de Jules Verne dans Le Paris du XXèmesiècle, où tout doit être utile…ou bien est-ce futile, le terme m’échappe…

Pour Aragon, ce serait même un monde sans langage donc sans raison, sans discussion et violent pour Barthes ; ou encore un monde sans liberté où le monde entier est occupé par l’économie.

Un monde d’explosions et de nuages nucléaires qui brisent tout en atomes, en molécules et autres pixels de la nature. Un monde sans explosions de vers ni fleuve de sagesse, d’ivresse et d’amour qui fusionnent les êtres les uns aux autres.

Un monde sans musiciens,
Un monde sans chanteurs,
Un monde sans délires verbaux…

Où règne une langue quotidiennement plus vide de jour en jour :
-          Comment Philinte, vous allez bien ? Comment le pouvez-vous, je ne vais pas bien moi-même ! Mais la forme exige que je réponde : « Moi aussi, passé un bon week-end ? ». « Bien ou bien ? » : quelle alternative ? Philinte, tu te tais ? Ne voulais-tu rien dire sinon « ça va ? » ?
C’est un monde où l’art poétique de Vaugelas l’emporte sur celui de Mallarmé :
-          Comment Théophile ? Quelles nouvelles de mon rayon de soleil ? L’Angoisse ce minuit soutient lampadophore ! Toi aussi ton jour est devenu Lune ? Où s’est la naïade envolée ? Une force centripète t’attire vers une déesse ? Que pleures-tu encore celle qui te fuit ? Desinas ineptire et à qui mieux mieux car brevis vita est l’Ami !

C’est un monde de Cicéron en trois périodes et de Jules César en un mot : c’est un monde monocorde, ennuyeux, sans imagination.

Chacun sait que les poètes sont les vilains petits canards de la République, dont les singes abhorrent le plumage, qui du blanc passe au noir avant que d’aller se laisser mourir sur le coin d’une page…blanche. Le monde sans poète est celui qui pousse l’ultime chant de ce bel et triste animal, méprisé de l’ignorante foule.

"Un monde sans…" 12

Un monde sans tolérance…

Dieu ! Mais ce monde existe sous ombre de ne point être ! C’est un monde de discrimination positive comme négative. C’est un monde d’esclaves où chacun se prend pour le roi. C’est un monde où insulte, sobriquet, mépris, haine, … bombes fusent à tout moment. Pan, pan, pan !

-  Tiens donc, je connais ce monde ! Cessez, monsieur, ce monde est tolérant !
-  Vraiment ? C’est un monde, avouez-le, de fausse tolérance alors ? Car pour vous le prouver, j’entends montrer, monsieur, ce qu’est un monde de tolérance !
C’est un monde où il est aussi disgracieux d’être blanc que noir, jaune que rouge, natif d’un lieu et parvenu d’un autre, grand ou petit de taille comme d’appendice, de la glorieuse lie sociale comme des pédantes hautes sphères, d’être un homme ou une femme, d’être un Homme ou un chien, une touffe d’herbe, un insecte ou un virus.

C’est un monde qui dénude Flaubert de son meilleur dictionnaire, où les politiques, philosophes et autres corbeaux de malheur n’ont plus matière à prononcer le moindre mot. Un monde sans histoire, une terre vierge, lumineuse, immaculée, une insula incognita où secrètement cachée des regards s’endort Innocence. C’est le décor rêvé d’une robinsonade…

Dès lors qu’est-ce qu’un monde sans tolérance ? Un monde coupable de science, qui mêle économie, fausses fois et âge adulte soigneusement dosés dans un grand verre de courbettes, d’hypocrisies et d’une grande et fatale dose d’Habitude. C’est un monde sans surprise où tout le monde se ressemble, un jeu de l’oie dont on connaît les règles, refusant obstinément de les changer. C’est un monde qui s’ennuie des sermons éternels de vieux squelettes qui, avares de pardon (monnaie apparemment plus précieuse que le dollar), refusent au nom du passé de se donner la main. C’est un monde d’êtres qui cherchent dans le passé des bisaïeuls esclaves ou déportés pour condamner leurs frères du présent, de sempiternels révolutionnaires anarchistes recherchant milles Mai 68 tous les mois, ne comprenant pas que l’anarchie refuse l’Histoire. C’est un monde sans anarchie.
C’est un monde en soi fort peu chrétien : c’est un monde sans pardon.

"Un monde sans… " 11 (dédié à Franz Kafka)

Un monde sans administration …

Un monde sans administration, c’est un chaos reposant et terrible à la fois. C’est un monde sans cases, où l’on est tout et rien, où on est libre et proie. Proie des forts, proie des traîtres, bref proie de tous sauf de la Loi et ses moroses fonctionnaires.

Un monde sans administration, c’est un monde sans surprise, bonne comme mauvaise. Car quoi n’est-ce pas une bonne surprise une administration qui fonctionne ? Et l’inverse, bien qu’énervant et souvent prévisible ne résulte-t-il pas de la déception de cette même bonne surprise que l’on bâtissait en tête sans même oser y croire ? C’est un monde sans cette fantaisie légendaire qui le caractérise, où les chiens sont des meubles précieux et l’effigie de quelques prétentieux d’irremplaçables personnes. Un monde où l’on migre de bureaux en bureaux, de porches en porches, d’escaliers en escaliers, de couloirs en couloirs, comme dans un labyrinthe pour tomber finalement sur une porte où trône un postit fantaisie gravé de l’épitaphe de Jean Cocteau : « Je reviens ». Où chacune de ses portes gardées par des sentinelles, plus puissantes les unes que les autres, ressemble à celle de la parabole de la Loi.

C’est un monde sans laissez-passer A38 où Astérix n’aurait pas doublé Hercule. Un monde où l’on ne se perd pas, dans un grand rangement. Un monde où les flâneries de l’esprit et du cœur ne se font pas dans l’ordre et la discipline, en bonne et due forme, sous un immense tampon d’encre. C’est un monde sans paperasses, un monde sans désert, un monde rempli de milles forêts. Un monde où curieusement, le bon sens semble reprendre sa place…

C’est un monde sans allemands, un monde sans hiérarchie non plus. Où tous les hommes sont égaux dans la même impuissance à se contrôler eux-mêmes. Un monde où l’on use que parcimonieusement de toute notre rêverie, occupé que nous sommes à ne pas faire de dérive que nul ne saurait prévenir, ni stopper. Un monde sans garde-fous, un monde au garde- à -vous face à son semblable, tête-en-l’air tyrannique, qui l’oppresse de multes tentations auxquelles il ne peut plus céder.

Ce n’est pas  un monde d’enfants irresponsables auquel on substitue en bougonnant un monde d’adultes gardés par des enfants : un monde administratif.

"Un monde sans…" 10

Un monde sans Noël…

Un monde sans Noël, n’est-ce pas celui de Mister Scrooge ? Un monde froid, obscur, qui empeste plus la cave que le caveau ? Un monde où comme des Marley, nous traînerions dans une nuit de givre sans autre espoir qu’un printemps éphémère qui tarde à venir, caché dans l’horizon par l’oppressante brume ? Un monde où l’on dirait du 24 Décembre : « C’est à cette époque de l’année expirante que je souffre le plus ! »
C’est le monde impuissant de Cyrano, où la terre infertile n’engendre que la gadoue et les chutes mortelles. Le royaume de la Reine des glaces d’Andersen, de la Sorcière blanche de Lewis : un corps livide, sans âme, sans vie ; un monde de mort où seule la glace des miroirs ne donne des frissons… dans le dos.
C’est un monde sans bonhommes de neige, sans batailles de neige. C’est un monde sans neige, sans cette candide blancheur des cœurs. Ce monde du reste de l’année où geint  l’innocence sous les coups d’Hypocrisie, sadique jouisseuse. Un monde où la neige n’est  pas cette mer de diamants aux milles feux mais bien un amas de détritus météorologiques gênant, où les flocons  ne sont pas cet émerveillement commun des sens, cette rechute en enfance, mais un motif de discorde, de fatigue et de mauvaise humeur. Toi, qui n’aimes pas la neige, je te crèverais le cœur par les yeux avec un glaive de pluie pour que tu restes à jamais prisonnier  des cadavres de feuilles de l’automne !
Un monde sans Noël, c’est un monde sans naissances, donc un monde sans enfants. Où l’amour s’étouffe dans quelques draps, où l’Humanité ne recevra aucun Sauveur. Un monde sans étable, sans âne, sans bœuf, ni vierge, où les bergers et autres santons de chaire et d’os attendent en vain un ange et une étoile qui ne viendront pas. Un monde sans Noël, c’est un monde sans Noël, Noëlle, ou quelque soit leurs noms : sans enfants de Noël. C’est un monde où il ne fait pas bon naître en hiver…
C’est un monde sans chocolat, sans pain d’épice, sans sucre d’orge, sans gourmandise. Un monde sans goût et donc sans intérêt.
C’est un monde sans chants, sans ces voix de l’âme qui percent à travers nos corps raides et fermés comme celle d’Apollon à travers la Sybille.
C’est un monde sans cadeaux, sans attention, sans tendresse. Un monde sans amour qui se pourrait offrir, découvrir ou avouer à la veille sacrée.
C’est un monde sans  traineaux, sans rennes, sans Père Noël… C’est un monde d’incrédules que rien n’abuse ni ne fait rêver, un monde d’éternelle vieillesse !

"Un monde sans" 9 (dédié à Jean-Charles Lair)

Un monde sans Temps.....

C'est un monde statique, qui ne recule ni ne va de l'avant: c'est une Galatée prisonnière de son corps de marbre qui supplie Pygmalion de lui donner chair et os. C'est un monde sans but où l'homme s'ennuie sur un trottoir, une dune ou un quai, méditant sur la tragédie de l'être fini et imparfait.
C'est un monde sans l'Ennemi, donc un monde en paix. Un monde où nos souvenirs les plus beaux ne sont pas dévorés par un présent trop morne, cruel Saturne qui change les joies en peines et la jeunesse en vieillesse. Un monde sans avenir, mais un monde de passé, rempli d'enfants les mains serrées et les cœurs en harmonie: c'est un monde naïf ou peut-être pas assez mature.
C'est un monde sans aiguilles, sans rides ni chirurgie esthétique: où l'on exhibe avec fierté ride du lion et cheveux blancs. Un monde sans montres, où le Capitaine Crochet ne craindrait point le crocodile saturnien qui le pourchasse, où le lapin blanc ne serait plus en retard, et où les vieux ne fuiraient plus devant vous la pendule d'argent qui leur dit: «je t'attends".
C'est un monde sans jours, sans nuits: un monde d'insomnie où l'on dort tout éveillé dans un cauchemar d'obscurité ou de lumière. C'est un monde sans saisons, où l'on reste au moi de Mai, comme Dorian Gray, où l'on naît en Hiver comme Benjamin Button.C'est un monde toujours ensoleillé ou bien toujours pluvieux, constamment enneigé ou bien aride, comme ces planètes de Star wars, absous de toute météorologie changeante. C'est un monde d'habitudes, sans rien pour nous surprendre. C'est un monde rassurant, où au chaud de nos coquilles, obscures cavernes, nous regardons le monde extérieur tel un fantasme sublime: avec envie comme avec effroi.
C'est le pays imaginaire de Peter Pan, où enfants, nous ne craignons ni la mort, ni l'injustice. Où, blottis dans les bras de nos parents, nos frères et sœurs, on se dit que nous serons toujours ainsi, à goûter le bonheur d'être ensemble.

Un monde sans 8 (dédié à Solène Maguet, sa première fan)

Un monde sans miroir.....

C'est un monde sans reflets: sans connaissance de soi ni illusion de ce que l'on est.

C'est un monde sans images, où tout apparaît de façon crue et cruellement réel, bas et triste.

C'est un monde sans réflexion, sans quête d'identité, comme dans nombre de ces sociétés totalitaires qui peuplent la Littérature: un monde d'automates sans cerveaux et de zombies sans sentiments. Mais un monde où nous sommes tous pareils, égaux, ne connaissant pas ses différences: un monde absurde où l'on se croise soi-même à tous coins de rue.

C'est aussi un monde de frontières, empêchant l'accès aux rêves où nous envierions tous Alice: un monde d'adultes aigris, accrochés à leurs petites lois et leurs frêles principes comme le Professeur Rath l'est à son pupitre, c'est à dire par rigidité cadavérique. C’est un monde sans fantasmes, autrement dit sans but.
C'est un monde sans l'autre: sans compliments ni jugements, sans objectivité.

C'est un monde sans l'art, qui à travers la littérature, la peinture, le théâtre où la danse, se fait miroir du monde. Pour les gens du moyen-âge, c'est un monde sans essentiel.

Un monde où l'on ne voit que l'ombre physique des choses, et non l'ombre des âmes: un monde où les êtres les plus adorables sont des laidrons, des monstres comme Quasimodo ou la Bête, et les êtres les plus infâmes cacheraient leurs vices derrière une beauté sans pareil comme Dorian Gray...

C'est également un monde sans Narcisse, et donc sans nombrilisme; un monde où l'individualisme n'impose pas son empreinte menaçante, puant la vanité et l'indifférence.

C'est un monde sans ce texte, ni le précédent: approchez, approchez, n'ayez aucune crainte! Quel reflet de vous apercevez-vous dans ce miroir?

"Un monde sans" 7

Un monde sans toi...

C'est inconcevable!

Un monde sans épisode 6

Un monde sans Vampires...

C'est pour commencer un monde dépourvu de dangers: sécurisant comme une maison natale ou la matrice maternelle avant la naissance.....comme la mort, c'est à dire un monde où l'on ne ressent ni mal, ni froid, ni fatigue, ni peur. Et pourtant un monde qui se prive de sel et de tout ce qu'il y a de bon dans la vie. C'est un monde sans jeux, sans suspens, sans audace, monotone et insensé comme l'ataraxie du sage stoïcien qui dort plus qu'il ne vit. 

C'est un monde sans créatures féroces, c'est à dire sans défis à relever ou sans personnes aimées qu'il s'agit de dompter: une classe d'enfants sages, de poupées de porcelaine. Un monde doux, où rien est inaccessible si ce n'est la jouissance de parvenir à ses fins suite à une cascade d'efforts: un monde sans adrénaline, sans épicuriens. Un monde où l'on ne voyage pas à la découverte de l'autre mais où il révèle tout, tout en se cachant timidement derrière une ardoise portant ses nom et prénoms.

C'est un monde sans vampirisation, sans désir du sang de l'autre: un monde sans sexe. Un monde où l'on craint plus le sida que le Diable lui-même, pâle troubleur de fête face au virus. Un monde où l'on a peur de ses fantasmes par peur du ridicule: un monde de chuchotements et de tabous. Un monde où, à défaut de vampire, le Pince Charmant est celui qui possède la plus longue épée et non le plus gros cœur. Un monde où l'on banalise un acte qui devrait être l'acmé d'une fresque romantique.

C'est un monde sans gentlemans à crocs, passant leurs nuits blanches dans de lugubres cercueils de bois, au chaud sous leur linceul: un monde où la science, la médecine et la technologie leur décoche un violent coup de pieu, les envoyant de ce fait croupir au fond de vieilles éditions de Dracula ou de quelques manuscrit que la poussière dévore, leur servant d'oubliettes. C'est un monde sans magie, comme le 21ème siècle face aux siècles passés où le feu était un miracle, l'électricité une fée et l'amour bien plus que de simples hormones. C'est un monde où des enfants aigris ironisent de tout, la curiosité les ayant abandonné à leur triste sort de fous ne croyant plus au lièvre de Pâques, aux sorcières d'Halloween ou au Père Noël. Un monde où l'on meurt de n'en savoir que trop, à ne plus s'émerveiller du retour du petit jour.

Appartenez-vous, dîtes moi, à ce monde où l'on ne croit pas aux vampires?

"Un monde sans" 5 dédié à Lana Parisot et Estelle Voltz)


Un monde sans clown...

C'est un monde sans rires, c'est à dire sans joie.
Un monde qui nous guette, menaçant à travers l'ironie et la vision aigre des choses de ce monde, que bien souvent, on laisse aller à la nuit....

C'est un monde sans nez rouges et sans déguisements: un monde où l'on est prisonnier de soi-même et de la banalité de notre essence ainsi que de notre existence: un monde triste à pleurer.
C'est un monde sans espoir, ou pour mieux dire, sans optimisme: un monde où tout est noir, où tout est fatalisme.

C'est un monde en noir et blanc, gris, sans couleur....comme dans les vieux films, avec du charme, du verbe, mais avec un défaut majeur: une vieillesse avant-gardiste. Sans rose, sans bleu, sans humour, complètement sérieux. Un monde de clowns qui jouent aux dieux, ressemblant d'avantage au Jupiter libidineux qu'au Dieux des dieux, portant la foudre. Une horde de bouffons manents rendant une pâle et risible imitation de St Louis sous son chêne mais sous un saule pleureur...

C'est un monde sans Max Zander, sans divertissements, films ou cabarets: sans amusements servant à oublier ce cri glacé, venu du gouffre de notre conscience, ce lancinant "Momento mori" et sa marche lugubre.
C'est un monde où l'on ne rit de rien et où l'on pleure de tout; où toute bonne nouvelle se corse d'un dérangeant arrière-goût d'excréments de bonheurs irréversiblement passés pour ne jamais renaître.
Un monde où l'on rit en toussant ou en geignant comme des malades à l'Hôtel-Dieu: un monde où le rire est parmi les maladies, la nouvelle peste noire, un charment choléra, une grippe avenante, le pire des fléaux. À l'image de cette phobie étrange qu'est la clownophobie.... 

C'est un monde qui étrangement ressemble au nôtre: rires désabusés, humour facile, sourires forcés, bien-être capricieux, un monde compliqué qui demande beaucoup, se passant de l'essentiel, des choses simples, comme les clowns.

Alors, rions, vivons, embrassons-nous, pleurons de joie serrés sans ambiguïtés les uns contre les autres; n'ayons plus peur des "qu'en dira-t-on" des vieillards sévères (parfois âgés d’à peine vingt ans) et soyons tous, dès à présent,.....des clowns, bien évidemment!

"Un monde sans" 4

Un monde sans femmes...

C'est un monde bien temporaire.
C'est un monde brutal, sans couleurs, sans sentiments, sans fleurs! Où la vie n'est ni rose, ni douce.
C'est un monde sans rancunes, ni revanches savamment préparées, où l'on ne joue pas avec les sentiments mais avec les muscles et le fer forgé.
C'est un monde plus simple, donc ennuyeux et triste, monotone, sans variations de tons.
Un monde sans maquillages, sans déguisements, sans fantaisie, sans parfums, sans odeurs, sans rêves.
Un monde sans dentelles, sans désir, sans érotisme mais aussi sans tendresse, sans câlins, sans repos.
Une matrice de glace d'où émergent des individus mornes, des statues de marbre, des vieillards déjà perdus dans des grimoires, plutôt que des jeunes impétueux perdus dans des corsages.
Courbet nous apporte cette réponse dans l'origine du monde: un monde sans femmes, c'est un monde sans monde.


"Un monde sans" 3 (dédié à Mathieu Fatoux)

Un monde sans Théâtre...

C'est un monde bien ennuyeux, où l'on est toujours sérieux, assis grognons devant une scène vide.
C'est un paradoxe: si le monde est un théâtre, le théâtre est un monde. Donc, un monde sans théâtre, c'est un monde sans monde!
C'est un monde bien bête, sans acteurs, actrices ou marionnettes. Sans ficelles ni décor, sans aucun but....sinon la mort...
Sans coulisses et sans secrets! Sans spectateurs pour admirer et chuchoter: «celui-là, c'est un menteur!»/ «Je dirais plutôt farceur»: c'est un monde sans Arlequin!
«Ces deux là sont amoureux!»/ «Oui, mais....seront-ils heureux?»: C'est un monde sans Shakespeare ni Marivaux.
«Celui-ci se vante!»/ «Celui-ci nous trompe»/ «voyez-vous cette servante?»/ «Servante? Elle? C’est la Reine! Elle arrive en grande pompe!»: c'est un monde sans illusion comique!
C'est un monde où l'on ne nomme pas les langues, car comment désigner la langue française sans Molière, anglaise sans Shakespeare ou allemande sans Goethe?
C'est un monde sans jeux, sans rôles: sans policiers et sans voleurs, sans médecins, sans chat perché, sans enfants, sans parents, sans professeurs, ....
Un monde sans répliques, sans personnages, c'est à dire sans discussions et sans modèles. Un monde sans actes, ni scènes, donc en un sens, sans conséquences...
Un monde sans rideau, donc sans fin? Sans Vaudeville, sans tromperies ou sans mélodrames et donc sans larmes....
Un monde où rien est faux, où tout est vrai....
Un monde? Non, une didascalie!

"Un monde sans" 2


Un monde sans livres....

C'est une absence d'ivresse et de rêves, qui agresse et rend nerveux, malheureux: c'est la victoire de l'ignorance et de l'insignifiance.
C'est un monde sans mondes.
C'est un monde sans pirates, magiciens, rois, princes et princesses d'aucune sorte. Mais c'est un sanctuaire loin des chimères, des mensonges, des divagations vagabondes: un monde triste, image de lui-même.
Ce sont des bibliothèques vides ou bien inexistantes, donc des têtes creuses et sans intérêt.
C'est un monde sans histoires, sans Histoire, mais aussi un monde sans histoires, c'est à dire sans problèmes.
C'est un monde où l'enfance n'est qu'un âge précoce et non un art de vivre: c'est un monde sans Alice, sans Peter Pan, ni Harry Potter. Un dix-septième siècle sans l'Homme au masque de fer, sans D'Artagnan, sans tulipes, et sans théâtre. C’est un monde sans Poésie, sans Hugo, Lamartine, Nerval ou Valéry...C'est un monde sans voyage! Sans Jules Vernes, sans Cyrano! Sans la Lune, sans ballons, sans sous-marins et sans vaisseaux....Sans magie, sans Faust, ni l'apprenti sorcier de Goethe...sans les fantaisies du monde de Siegfried ou de la Terre du Milieu... C'est un monde où nul ne se livre à son imagination, comme une dictature, une prison.
C'est un monde où l'on ne peut ni lire, ni écrire: tant mieux, c'est ça d'moins à apprendre!

Série "un monde sans": épisode 1

(dédié à Nicolas Lechner, premier amateur et continuateur de cette série)



Un monde sans musique....

C'est un monde monotone, dépourvu d'émotion...Quand on remarque que la musique qui tonne dans un film de frissons cause plus de frayeurs que le monstre ou le tueur, qu'elle fait pleurer lorsqu'elle fait soupirer quelques violons et rire lorsqu'elle s'adonne à une alchimie ridicule de sons et une étrange mosaïque de tons...
C'est un monde sans bruit, où règne le silence, l'obscurité et la solitude auditive. Cela fait peur, cause des pleurs et refroidit les regroupements autour du feu de camp jusqu'aux dîners aux chandelles, orphelins sans quelques musiciens...

C'est un monde vide où l'on a peur de tout: c'est un néant où l'on craint de voir la Mort.
C'est des paroles que rien n'entraîne, c'est une joie qui s'attriste à ne savoir comment s'exprimer au-delà du monde des pensées...Ce sont des instruments usés de ne comprendre le but de leur existence, au fin fond de ce terrifiant, omniprésent et lancinant silence.....comme perdus...

Pouvez-vous vivre sans musique?