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samedi 31 août 2013

Un chasse-neige

(à Hamida Hassine, sa première lectrice, qui souhaite qu'à son projet ce chasse-neige aboutisse)


Ô gondoles vénitiennes, Ô châteaux de grès rose!
Et vous, brillant granit des dolmens de Bretagne!
Combien dans mon Paris ... vous dirais-je si j'ose?
Vous manquez à mon âme, heureux mâts de Cocagne...

Moi, mon mât naufragé, penche, pris dans les glaces,
Coule, coule, coule, coule, coule, coule,
Et l'eau monte, monte, et envahit ma face.
Pourtant dans mes oreilles vos doux zéphyrs roucoulent ...

Souvenirs de vacances, embrasez-moi ces brumes
Grises de tous tracas que les métros parfument!
Brûlez-moi ces chiffons, repeignez tout en vert!

Ô vous Soleil d'été, vents frais des matinées!
Ô vous encore au seuil, sur vos pas revenez!
Et grâce, chers souvenirs, chassez pour moi l'Hiver!




Un monde sans…
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mercredi 21 novembre 2012

Veillée

(à Morgane Videlo)


Alors que ma chandelle remplace mensongère
Du dieu Jour qui chancelle l'iradiante lumière,
Ma gloire de Cyrano chausse deux nouveaux yeux
Qui s'en vont se noyer dans des livres poussiéreux
Où se cache, taquine, toute la sagesse des pères
Laquelle m'entraîne comme Faust sur l'océan des Mères
Depuis le Walpurgis de ma chambre solitaire
Devant les murs de Troie ravagée par la guerre
Où Hélène souriante m'accueille, encore qu'étrange,
En flattant mon orgueil de ses muettes louanges;
Ménélas et Pâris envient alors mon sort:
"Quoi?Il suffit qu'il lise pour qu'Hélène donne son corps?"
Il est une beauté que seul le rêve prête:
Que chevauchent mon Bouraq ceux qui en sont en quête!
Dame Nuit s'est installée, deux de mes yeux se ferment
Et Dame Lune éclaire mon pupitre rendu blême.
Les deux autres tiennent ferme du haut de mes oreilles;
Avec eux, au bureau, seule la chandelle veille.





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St Jérôme par Le Carravage

dimanche 30 septembre 2012

Reste encore, doux Phébus !

Reste encore, doux Phébus, et sur ma gaie campagne,
Promène ta douce chaleur qui sur la route m'épargne
De mes ennuis, mes pleurs et ma mélancolie!

Reste encore, doux Phébus, ma pâle âme à Paris
Se dilate, s'évapore dans la brume et la foule
Et comme une flaque de pluie dans les égouts s'écoule!

Reste encore, doux Phébus; au moins dans mes prairies
Parmi les jolies lianes ou sur l'herbe affaiblie,
Pour redorer les blés sur lesquels je repose!

Et ne te laisse pas vaincre, pour que moi aussi j'ose
Par l'humeur noire et froide du vieillard hivernel
Ne prive pas Phaeton d'une figure paternelle!

Reste encore, doux Phébus, aux rênes de ce séjour
Et pour prévenir que ne se couche le jour
Trop tôt, abat Septembre et son châle de feuilles mortes!

Reste encore, doux Phébus, au moins derrière ma porte!





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samedi 22 septembre 2012

Le Poète archéologue


(à Jérémie Letutour )

Ils cherchent des palais, des pyramides d'or;
Ils cherchent des villes entières sous d'anciens châteaux forts,
D'antédiluviennes tombes et leurs rupestres peintures,
De temples et de statues bâtis par le futur,
Et combien d'autres encore monuments analogues!

Cependant, profane, le poète archéologue
Recherche d'autres vestiges d'un tout autre passé!
Il lui suffit deux marches gisant au pied d'un mur,
De fenêtres condamnées l'outil de fermeture,
D'une porte sibylline qui donne Dieu ne sait où,
Des traces indélébiles d'un lieu qui était tout,
D'un parfum que le temps ne saurait disperser,
Des pas d'une personne qu'il ne peut amuïr,
De fragments de mémoires qu'il ne saurait détruire,
D'un monde tombé victime de l'actualité
Et qui attend son heure pour se réaffirmer.

N'en déplaise à Maulpoix, poète de la chute,
Qui voit Venise couler, dans Paris plein de putes,
Son parent de la Muse, le poète archéologue,
Trouve sous les bateaux mouches, les barques et les pirogues,
Promène sous l'obélisque son ombre d'égyptologue,
Au détour d'une avenue, contemple d'un air contrit
Les deux noms d'une même rue, épilogue, incipit,
Et assis sur les toits, d'un oeil embrasse Paris
Perçoit la Tour de Nesle et la Bastille infâme
Que cachent la Tour Eiffel et le Boulevard Haussmann:
Sous son regard artiste, la ville redevient île.

 Et notre capitale n'est qu'un humble lieu de fouille:
Paris n'est qu'un musée où s'amasse la foule.
Car c'est en de lieux simples que cherche le poète,
Loin des villes immenses et leurs historiettes.
Limoges le passionne, Rambouillet lui sourit.
Le palimpseste des marelles dans les cours d'école
Est plus cher à son coeur que la grande Coupole.

Toi, simple promeneur, si tu fais attention
Et abandonne ton coeur à l'imagination,
Tu peux être ce poète qui entre les temps vogue,
Tu peux être à ton tour poète archéologue.


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jeudi 7 juin 2012

Fantômes d'un jour d'été

Le soleil  d'une ardeur sans pareille
Cogne, tape, frappe sur les humaines cervelles
Qui, échaudées, recherchent le refuge
D'une ombre, d'une fontaine dont le déluge
De quelques goutes, sous un ciel de cèdres,
Rafraîchit le lit des hautes herbes.
Le promeneur s'y noie et entend
Le râle trompeur des voix du vent
Qui se glisse derrière les roches et pierres.
Troublé dans son pastoral berceau
Par ces murmures aux accents fatals,
Notre homme se croit alors au cimetière:
"Quoi? Dans ce lieu dédié au repos
Les vivants dorment, les trépassés parlent?"
Lors les roseaux du lac lui apportent
Plusieurs voix spectrales d'autre sorte.
Effrayé, le flâneur se déplace
Dans les bois. Sieur Canard prend sa place.
Des piverts frappent les troncs d'une fureur
Qui les change en drôles d'esprits frappeurs.
Le visiteur, privé de sieste,
Se trouve poursuivi d'esprits sylvestres
Qui sont autant d'abeilles, de lapins,
De bruissements de fougères, de zéphirs
Gémissants, reprenant les refrains
Des oiseaux qui viennent les bois sertir.
Terrifié, il quitte l'asile des arbres
Et tombe sur un spectre plus effroyable
Encore. Une silhouette qui semble fondre
Au soleil et le poursuit: son ombre.


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Tempus ex machina

 (à Woody Allen)

Et les grands ciels qui font rêver d'éternité...
Pendant des heures entières, comme ceux de Claude Gelée,
Qui à ses ports antiques aux lueurs indicibles,
Donne l'air hypocrite de mondes immarcescibles.
Ces peintures de voiles fraîches où guette la langueur,
Qui sont des linceuls rêches recueillant la torpeur,
Comme les sirènes de Waterhouse

Aux cheveux d'eau, aux tétons roses,

M'immergent d'onirisme dès que le vernis craque.
Me recrachant aux rives du solaire monarque
Ou plutôt sous Louis XIII ou par la fantaisie
Je vois un coteau vert que le couchant jaunit.
Et comme les capricieux du siècle de la vapeur,
J'ai soif de dix-septième, de remonter les heures
Sans comprendre l'essentiel: je désire des ciels.


 
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samedi 28 janvier 2012

Jour de brume

Et la Nuit claire et pâle illumine le ciel
Dans ce Jour ténébral où même le Soleil
Semble dans une clarté telle jouer le rôle de la Lune.

Et le monde argenté imite les eaux-fortes
Mais hors de l'Indécis surgissent en cohortes
Les silhouettes écorchées des hêtres, des aulnes et frênes
Dont la noirceur peut-être ajoute une touche brune
Dans cette blanche palette aux variantes de blêmes.

Paysage sans pareil: ton peintre s'appelle Brume.



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vendredi 19 août 2011

Eternel retour



"je reviens" Jean Cocteau

Comme une couverture, les flocons bleus nacrés
De l'infini Azur viennent nous réchauffer.
Il est tôt, le matin déjà mêle l'orangé
A l'Océan châtain des heures inexistées.
Une explosion rose arrose de jour le ciel,
La douce Aurore éclose nous frappe d'un dur éveil.
Aveuglés de lumière, les yeux s'ouvrent à la vie
Et dans ce baptistère, se préparent à la nuit.

 

jeudi 18 août 2011

A moitié vide, à moitié plein




Je souffre le martyr sous ma cuirasse d'os
Et forgée d'amertume et de rage féroce.
Je brise de véhémence le flot de mes tourments
Et toise d'un air sombre le pompeux firmament:
"-Que n'as-tu, Ô Seigneur!, retenu celle que j'aime?
Pourquoi me condamner à écrire ce poème?
Y'a-t-il une âme qui au monde aime fidèlement?
Dans cette pléiade de femmes qui embrasse et qui ment..."
*
"-Non, non, dit l'optimiste, cessez ces calomnies!
Gens foutre de clown triste, laissez là vos âneries!
Reconnaissez, monsieur, que pour une salope,
On trouve sous nos cieux, plus de milles pénélopes.
Et qu'y peut faire Yahvé, Allah, Dieu ou Bouddha,
Si de votre être lassée, votre belle s'en alla?
Et si un tel malheur vous fait montrer les dents,
Riez de l'extérieur et souffrez en-dedans!" 
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dimanche 31 juillet 2011

Fantaisie nasale précieuse et rabelaisienne, moliéresque sur les bords

Ton nez, comme chez le Sphinx, en pierre semble couler
Dans une tempête immense, qui gronde, hurle, terrible,
Une plainte du larynx dans ta voie(x) embourbée
Le sentiment intense d’un cheminement pénible.

Atchi, atcha, atchum : voici une avalanche !
Les mines obstruées, soudain, au jour explosent,
Et un long lac gelé serpente tes joues blanches,
Pour venir occuper tes fines lèvres roses…

-Ma mie, cache cette coulée, que je ne saurais voir !
-Mais dîtes-moi, mon cœur, vous-même pleurez du nez !
-Voyez par quel malheur notre temps enneigé
Nous fait nous embrasser à travers nos mouchoirs !


Les tournesols

(dédicace du 11ème vers à son tout premier fan: Mattew Van Fater^^lol)

Comme des vertèbres qui coincent.
Ma mélancolie grince.
Les os aux os se frottent.
Mon âme paisible s'encrotte
De sentiments futiles
Et malheurs inutiles
Comme ces vains squelettes
Qui leur développement quêtent.
J'aime ces tournesols
Qui ne fixent pas le sol,
Mais tournent yeux et oreilles
Vers le brillant soleil:
Soyons comme ces fleurs,
Et cherchons le bonheur!