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samedi 24 mai 2014

Une promenade champêtre

Un éclair de blancheur!
Mille bouquets en fleurs:
Muguets, lys, lauriers blancs,
Marée! Resplandissante,
De jaune des blés et même
De bleu, de violet,
Mais des myosotis,
Brisent l'épiphanie.

Une ombre rassurante.
Et son calme, un vent frais.
Au milieu, une sente,
Où l'on peut en retrait
Rêver, et vivre enfin
Se rappeler ce qu'est,
Hors de ville, hors des soins,
La vie belle, la vive vraie.

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Vaine quête

Tout a changé de face: lieux et places. Peu s'en faut
Du moins, lorsqu'on va en un coin connu, perdu,
Sans repère. Une rue, une pierre font défaut.
Lors, petit à petit, on se sent inconnu.

Le corps d'une ville change plus que celui d'un être
Et cette métamorphose, plus qu'un simple paraître:
Des cris sous les entailles de ses chirurgiens fous.
Déléthée, lors notre âme s'abîme au fond d'un trou.

Où suis-je? Qui suis-je? et pis, à quel monde j'appartiens?
Mon ailleurs passéiste n'est pourtant pas lointain
Et mes doigts sur un mur, mes yeux cherchent avec soin,

Cherchent débris, brisures, vestiges encore témoins.
Mais rien, sinon l'azur, complice du futur,
Ne parle: ce que j'aimai n'est bientôt que murmures.

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mercredi 21 novembre 2012

Veillée

(à Morgane Videlo)


Alors que ma chandelle remplace mensongère
Du dieu Jour qui chancelle l'iradiante lumière,
Ma gloire de Cyrano chausse deux nouveaux yeux
Qui s'en vont se noyer dans des livres poussiéreux
Où se cache, taquine, toute la sagesse des pères
Laquelle m'entraîne comme Faust sur l'océan des Mères
Depuis le Walpurgis de ma chambre solitaire
Devant les murs de Troie ravagée par la guerre
Où Hélène souriante m'accueille, encore qu'étrange,
En flattant mon orgueil de ses muettes louanges;
Ménélas et Pâris envient alors mon sort:
"Quoi?Il suffit qu'il lise pour qu'Hélène donne son corps?"
Il est une beauté que seul le rêve prête:
Que chevauchent mon Bouraq ceux qui en sont en quête!
Dame Nuit s'est installée, deux de mes yeux se ferment
Et Dame Lune éclaire mon pupitre rendu blême.
Les deux autres tiennent ferme du haut de mes oreilles;
Avec eux, au bureau, seule la chandelle veille.





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St Jérôme par Le Carravage

mercredi 27 juin 2012

La confusion des coeurs


 notes pour une anatomie du sentiment amoureux

(à ma Hautia)
I

Ombre, silhouette de charme, brume profonde de parfum,
Toi, la sècheuse de larmes, mon trouble anti-chagrin,
N'es-tu, dis-moi, qu'un rêve, qu'un fantasme immortel,
Spectre qui me hante sans trêve dont les chaînes me lient tel
Le pauvre supplicié d'une fourche patibulaire
Auquel, aigle sans pitié, tu arraches les viscères?



II

Ose dire, Marquise de Sade,
Que toutes tes incartades
A mes désirs soumis
Ne sont que des souris
Pleins de pure innocence!
Et tes railleries résonnent
Ainsi qu'une sentence 
Sans équité aucune.
Sache, si cela t'étonnes,
Que tu fais de moi une...


III

Ombre, silhouette de peine, brume profonde d'amertume,
Moi, le croque-mitaine, le cigare que tu fumes,
Je suis, dis-toi, une grève d'épaves de coquillages.
Tues Mer, je suis Plage que tu berces et énerves
Dans un flot continu qui console et malmène.
Toi l'amie ambiguë d'une âme faible, incertaine.




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mercredi 13 juin 2012

Montagne



Ô Paradis de Jean, humble, honnête retraite !
Ô Mur aux conquérants avec tes longues arrêtes !
Toi Refuge, Toi Rempart, qui renferme les rêves,
Dont les arbres et leur ombre donnent au poète la sève
Qui insuffle au sang sombre quelques airs bucoliques
Et rappelle un calme dense du fond des temps antiques !
Eden immaculé, monument d'origine
Loin des villes couronnées d'usines et de latrines,
Gangrenées de goudron sans fleurs et sans saisons !
Soigne mes urbaines passions et faisons union !
Que mes troubles, dans tes hauteurs, s'arrêtent !
Ô Paradis de Jean, humble, honnête retraite !















 
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POÈTE [pɔɛt] n.



1. (Littérature et peinture)
Les grises pluies ont peint le monde couleur chagrin.
Il marche entre glaciers et pelage d'Ysengrin.
Comme prise dans un naufrage ou un sable mouvant
Sa vie se fixe, se fige. Seul son cœur hurle au vent.
Et dans cette mort lente, quels vestiges du passé ?
Aucun. Dans ce cadre triste, tout prend goût de mouillé :
Les vagues diluviennes ont dépeuplé les temples
Du savoir. Assis sur son rocher, Il contemple
Monuments et maisons et valeurs immergées.

2.(épique)
Quand il était à bord, on le nommait Cassandre
Et quand viendra l'Aurore, tout ne sera que cendres ;
Le navire continuait à coeur joie, à Dieu-va !
3. (médecine)
Il ne reste de lui qu'un immobile fracas
4.(musique)
Et les pluies continuent leur peinture imbécile.
Et Il se dit qu'au fond, Il n'est rien d'autre qu'une Île.


 
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jeudi 7 juin 2012

Fantômes d'un jour d'été

Le soleil  d'une ardeur sans pareille
Cogne, tape, frappe sur les humaines cervelles
Qui, échaudées, recherchent le refuge
D'une ombre, d'une fontaine dont le déluge
De quelques goutes, sous un ciel de cèdres,
Rafraîchit le lit des hautes herbes.
Le promeneur s'y noie et entend
Le râle trompeur des voix du vent
Qui se glisse derrière les roches et pierres.
Troublé dans son pastoral berceau
Par ces murmures aux accents fatals,
Notre homme se croit alors au cimetière:
"Quoi? Dans ce lieu dédié au repos
Les vivants dorment, les trépassés parlent?"
Lors les roseaux du lac lui apportent
Plusieurs voix spectrales d'autre sorte.
Effrayé, le flâneur se déplace
Dans les bois. Sieur Canard prend sa place.
Des piverts frappent les troncs d'une fureur
Qui les change en drôles d'esprits frappeurs.
Le visiteur, privé de sieste,
Se trouve poursuivi d'esprits sylvestres
Qui sont autant d'abeilles, de lapins,
De bruissements de fougères, de zéphirs
Gémissants, reprenant les refrains
Des oiseaux qui viennent les bois sertir.
Terrifié, il quitte l'asile des arbres
Et tombe sur un spectre plus effroyable
Encore. Une silhouette qui semble fondre
Au soleil et le poursuit: son ombre.


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Tempus ex machina

 (à Woody Allen)

Et les grands ciels qui font rêver d'éternité...
Pendant des heures entières, comme ceux de Claude Gelée,
Qui à ses ports antiques aux lueurs indicibles,
Donne l'air hypocrite de mondes immarcescibles.
Ces peintures de voiles fraîches où guette la langueur,
Qui sont des linceuls rêches recueillant la torpeur,
Comme les sirènes de Waterhouse

Aux cheveux d'eau, aux tétons roses,

M'immergent d'onirisme dès que le vernis craque.
Me recrachant aux rives du solaire monarque
Ou plutôt sous Louis XIII ou par la fantaisie
Je vois un coteau vert que le couchant jaunit.
Et comme les capricieux du siècle de la vapeur,
J'ai soif de dix-septième, de remonter les heures
Sans comprendre l'essentiel: je désire des ciels.


 
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lundi 30 janvier 2012

Une promenade dans le parc de Rambouillet

Vestige du passé, Ô parc de Rambouillet,
Immense jardin du Tendre!
Tes dianes semblent m'apprendre
Par leurs sourds chuchoters, ce que le monde était
Au siècle de Catherine.

Tout le long de l'onde, tes grenouilles ballerines
Guident dans leur sillage
Le Promeneur à la Maison aux coquillages
Dont l'apparence rustique -
Comme la pierre d'une grotte peut cacher un diamant -
Renferme un cabinet précieux apparaissant
Comme une caverne magique.

Aux abords du port, que gardent des hommes de marbre,
Attendent les îles dorées -
Pauvres hâvres!-
Que viennent après des siècles Céladon et Astrée
Se cacher pour s'aimer
A l'ombre de ces remparts que forment les grands arbres.




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dimanche 29 janvier 2012

Une soirée

Le Chanter faisant voir son Joyeux,
Le Danser joue les bleus,
Le Suggérer enivre...
Le Penser es resté dans les livres,
Le Bovarysme a lié
Le Désir dans la toile du Rêvé...

La Décadence s'éveille
Et le Boire fait merveille:
Car l'Esprit s'y affole.

La grande Farandole
Du Perde le Vouloir
S'en va fleurant le Soir-
Et son agitation de mutin-
Pour coucher au Matin
Sur l'Inconscience des heures
Où s'évapore l'Hier en torpeurs
Déjà dans l'Aujourd'hui
Et ce jusqu'à midi.



Un monde sans…
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samedi 28 janvier 2012

Conjuration hivernale

à Michèle Donachie



Adieu vertes forêts et naïves saisons!
Vierge candide, femme fauve, tombées en pamoîson:
C'est l'Hiver!

Ce vieillard pâle et gris dont le souffle gèle, capture,
Dans un râle semblant ris installe sa chevelure
Blanche et bleue, toute de brume, comme une laine de marbre
Qui éteint tous les feux, fige l'onde et invite
Les vivants, les mourants dans la danse macabre
D'une fête cordiale: on nomme Noël ce rite.

Et c'est cette naissance même, par son brillant éclat
Qui dans cette avalanche éloigne le trépas
Et appelle de sa joie le retour du Printemps!

Ce temps où Dame Terre retrouve ses vingt ans,
N'est plus soumise alors aux givres de l'Univers,
Rejetant son manteau de cendres et de poussière,
Dévoilant sans pudeur et d'un geste téméraire
Aux dernières bises son corps d'abeilles ouvrières.

Ô couleurs bigarrées!Vous manquez à mon coeur!
Accroupi devant ma vétuste cheminée,
Pendant que frappe la grêle; je compte les heures et...

Soudain en ma demeure pénètre un papillon:
C'était l'Hiver!

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jeudi 18 août 2011

Une sœur d’existence



Elle a un goût d'orange, de raisin et de pomme
Et un parfum étrange de raison et d'opium.
Le spectacle de sa vue me couvre de frissons,
Son touché froid et doux, celui du calisson,
Me remplit de tendresse et me berce de joie,
Déesse enchanteresse, dès lors que je la vois.
Et mon Paris-Chagrin devient Île de Pâques,
Mon avenir en ses mains, comme en celles d'une Parque
File un rose coton et sucré et salé
Où de baisers glouton, je me laisse enchaîner.


Paysage de Tendre



D'abord, une source de pleurs
Qui me borde dans mon cercueil.
Ensuite, une cascade de cris,
Pleine de Haine, Rage et Déshonneur,
Entourée de quelques tilleuls,
Retraites où je cherche l'oubli
De ces quelques vieilles ruines
De mon amour jadis vécu
Aujourd'hui délaissé, perdu
Dans une montagne d'aspirines.

Puis, sous un soleil maladif,
Quelques saules pleureurs lunaires
Et un promeneur moribond
Fredonnent, tristes, une chanson
Semblable à un refrain d'hiver,
À l'ombre des sapins attentifs.
Enfin, l'esquisse d'un sentier
De cailloux blancs et d'herbes fraîches
Que le Rêveur, percé de flèches,
D'amour las, ne peut emprunter.

L’Amour



C'est une nuit blanche complètement sombre
C'est une clarté pleine de zones d'ombres
C'est comme un rêve aux allures de cauchemar
C'est un bateau attaché sans amarre.

Ce sont deux yeux qui observent et qui cherchent
Milles bouées, quelques planches, une perche,
Comme assoiffés dans cet immense désert,
Ne distinguant plus le ciel de la terre.

C'est une passion ardente dont on a peur
C'est une femme qui chante ou bien qui pleure
C'est un espoir qui fait renaître puis meurt.

C'est une énigme que l'on ne peut résoudre
Comme une peur, panique, un coup de foudre
Qu'on ne sait effacer, ni même dissoudre.



Portrait du sérieux


Six milliards de pantins de crânes et d'os
Recouverts de chaire, de poils et de peaux
Agrippés à ce globe de terre et d'eau:
Un bien médiocre et maladroit tableau

De notre faible et frêle humanité,
Miroir qui nous fait relativiser
D'un oeil semi-triste, semi amusé,
Les choses présentes, futures et passées.

Six milliards d'enfants jouant les adultes
Qui au Malheur semblent vouer un culte
Livrés à l'Ironie qui brise, insulte.

Dans ce jardin qu'Amour fait prospérer,
Rempli de fleurs, d'eau, de fruits dorés,
Geint, insatiable, le singe auréolé.