samedi 24 mai 2014

Plat du jour N°11

Les Méditations poétiques d'Alphonse de Lamartine

Deux ou trois mots pour une esquisse de Lamartine: Vallons, Temps, Océan des âges.
Oui, je vous invite bien aujourd'hui à déguster les fruits enivrants d'une poésie souvent jugée trop naïve et trop sentimentale. Pour autant, il s'en exhale cette mélancolie douce et unique, ce parfum de soir ensoleillé encore au sommet d'une colline verdoyante, de "riants côteaux".

Laissons-nous aller tous ensemble aux paradis quasi pastoraux de ce recueil de poésies qui referme en son sein tant de beaux vers qui, replacés dans leur contexte, sont ce que Musset nommerait "de purs sanglots": "Un seul être vous manque et tout est dépeuplé", "Il n'y a rien de commun entre la terre et moi", "Ô Temps, suspends ton vol et vous, heures propices, suspendez votre cours", pour ne citer que ceux-là!

Chef d'oeuvre du romantisme au même titre que les Mémoires d'Outre-tombe, plus nostalgique et plus rêveur, loin du rire amer d'un Baudelaire trop acclamé par des lecteurs qui le comprennent si peu, les Méditations poétiques rappellent aux sentiments purs, chantés sincèrement, sans démarche scientifique, analytique, ironique d'aucune sorte. Elles ont le gnan-gnan facile et guimauve du C'est beau la vie! de Jean Ferrat mais ont aussi le mérite de faire briller l'innocence dans un monde de rires jaunes, gras, moqueurs, provocateurs, où des chiens boudent les flacons pour ne prêter attention qu'aux charognes, aux squelettes laboureurs et autres héautontimorouménos baudelairiens qui simulent un rictus pour dissimuler un pleur.

Pleurons donc, pleurons donc! avec candeur, honnêteté et franchise d'un coucher de soleil, du bonheur retrouvé parmi ceux perdus, de l'amour changeant et de l'heure fugitive. Car notre temps, finalement très romantique dans ses doutes et son engagement politique, mérite une retraite pour épancher son mal.

Quelques couchers de soleil, avec ou sans modération.

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                                   "Sur la montagne", Poésie d'une âme de Louis Janmot

Dopplegänger

S'il y a une scène frappante dans le quatrième opus de la célèbre franchise de Pirates des Caraïbes, il me semble que c'est celle où le Capitaine Sparrow rencontre enfin la personne qui monte un équipage en son nom. Il s'avance méfiant de son adversaire et la version française lui prête ces mots: "Tu m'as contrefait, l'Ami!". Puis, suite à un échange de coups de sabre dignes des volets précédents, Jack découvre qu'il s'agit d'Angelica, une vieille amie.

De même, je m'approche méfiant d'un certain blog intitulé Au clair de la plume et, après quelques lectures, m'aperçois qu'il s'agit d'une vieille amie, qui a choisi ses apôtres: l'écriture.

Je vous recommande donc cet homonyme, qui offre à ses lecteurs les écrits de passionnés d'écriture qui souhaitent faire partager leur passion.

Voici la lune de notre lune: http://auclairdelaplum1.canalblog.com/
à quand une constellation de proses et de vers qui nous emporterons hors des colonnes d'Hercule qui séparent rêves et réalité?

Vaine quête

Tout a changé de face: lieux et places. Peu s'en faut
Du moins, lorsqu'on va en un coin connu, perdu,
Sans repère. Une rue, une pierre font défaut.
Lors, petit à petit, on se sent inconnu.

Le corps d'une ville change plus que celui d'un être
Et cette métamorphose, plus qu'un simple paraître:
Des cris sous les entailles de ses chirurgiens fous.
Déléthée, lors notre âme s'abîme au fond d'un trou.

Où suis-je? Qui suis-je? et pis, à quel monde j'appartiens?
Mon ailleurs passéiste n'est pourtant pas lointain
Et mes doigts sur un mur, mes yeux cherchent avec soin,

Cherchent débris, brisures, vestiges encore témoins.
Mais rien, sinon l'azur, complice du futur,
Ne parle: ce que j'aimai n'est bientôt que murmures.

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samedi 19 avril 2014

Plat du jour N°10

Plat du jour N°10: Candide de Voltaire

Trop souvent vu en classe de lycée, en examen du Baccalauréat, étudié à l'école, Candide de Voltaire fait partie de ces oeuvres fast food de l'Education Nationale qui perd toute leur saveur à être étudiées de façon trop académique, trop médico-légale, avec la peur damocléenne d'une note à venir.
C'est pourquoi, je vous propose une relecture personnelle de cette nouvelle pour le plaisir du rire et de l'enrichissement personnel. Tout y est hilarant du nom des personnages aux détournements les plus décomplexés et parfois caustiques des philosophies du temps de Voltaire en passant par des scènes de recognitions et de résurrections dignes d'un Ponson du Terrail ou d'un Eugène Sue.

Sans la grosse artillerie railleuse et farcesque de L'Ingénu du même Voltaire, Candide use avec discernement des suggestions grivoises ( physique expérimentale et langue italienne comme transparents rideaux d'allusions bien libertines) et du chemin de randonnée de ce type de conte qui nous mène d'une utopie à une autre tout en laissant entrevoir la cruauté du monde réel.

Il faut avoir vu ce monde de pure fantaisie qu'est l'El Dorado du chapitre XVIII, avec ses cailloux d'or, ses femmes guerrières, ses moutons volants et ses académies monstrueuses. Il faut avoir lu ces descriptions apocalyptiques de Lisbonne et amères de Paris. Il faut suivre Candide et ses compagnons de voyage successifs (Pangloss, Cunégonde, Cacambo, Martin) et les êtres surprenants qu'ils croisent (l'anabaptiste, le vendeur Vandendur, le nègre de Surinam, le peuple anti-jésuite des Oreillons, les plus que risibles prétendants de Cunégonde).

Pour ceux et celles que le siècle des Lumières ne toucherait guère - ainsi que pour les autres - je recommande en dessert à cette succulente lecture l'adaptation cinématographique de Norbert Carbonnaux (célèbre pour Courte-tête et Le Temps des oeufs durs), incroyable mais très juste et libre transposition du conte à l'heure de la Seconde Guerre Mondiale et de la Guerre Froide dont certains aspects touchent encore de façon dérangeante notre époque. Un film à voir pour son casting colossal (J.P.Cassel, P. Brasseur, Dalhia Lavi,Alice Sapritch, Michel Simon, Luis Mariano, Dario Moreno, Jean Poiret, Michel Serrault, Jacqueline Maillan, Jacques Balutin, Jean Richard ou encore Louis De Funès) mais aussi pour certaines scènes qui mériteraient d'entrer dans les annales comme l'excellente scène d'éloge sous contrôle de l'oeil de Moscou du meilleur des mondes communiste par Pangloss.

Une nouvelle trop méconnue ou trop scolaire dans l'esprit de chacun à redécouvrir par la relecture et le visionnage d'un film étrangement passé sous silence. Bon appétit!


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court(..ez) voir cette nouvelle actrice!

Une publicité, oui encore!, dans un laps de temps où il y a peu d'écrits nouveaux du Sieur Brett.

MAIS

Une publicité de taille!
Une jeune actrice des cours Florent dont le nom  rappelle le pseudonyme d'une autre grande dame du cinéma. Découvrez ses court-métrages romantiques (Une rencontre, à vue d'oeil) et surtout l'excellent Andy dont Théophile Gautier eût été fanatique!

Toutes les informations et certaines vidéos sur ce site: http://lilimarkov.com/

Bon visionnage!


samedi 31 août 2013

Un chasse-neige

(à Hamida Hassine, sa première lectrice, qui souhaite qu'à son projet ce chasse-neige aboutisse)


Ô gondoles vénitiennes, Ô châteaux de grès rose!
Et vous, brillant granit des dolmens de Bretagne!
Combien dans mon Paris ... vous dirais-je si j'ose?
Vous manquez à mon âme, heureux mâts de Cocagne...

Moi, mon mât naufragé, penche, pris dans les glaces,
Coule, coule, coule, coule, coule, coule,
Et l'eau monte, monte, et envahit ma face.
Pourtant dans mes oreilles vos doux zéphyrs roucoulent ...

Souvenirs de vacances, embrasez-moi ces brumes
Grises de tous tracas que les métros parfument!
Brûlez-moi ces chiffons, repeignez tout en vert!

Ô vous Soleil d'été, vents frais des matinées!
Ô vous encore au seuil, sur vos pas revenez!
Et grâce, chers souvenirs, chassez pour moi l'Hiver!




Un monde sans…
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vendredi 16 août 2013

Plat du jour N°9

L'Ecume des jours de Boris Vian

Jetez un oeil aux rues, aux allées de supermarchés, aux parvis d'affiches de cinéma et voyez-nous là, las, grommelant, habitués à tout. Heinrich Mann me pousse avec violence devant cet effroyable spectacle comme on le fait d'un diplomate trop zélé et vous lance cette froide invective, une larme à l'oeil et la gorge serrée: "Regardez la, l'éternelle créature humaine, et dites ce que vous espérez encore." J'ai ouï cet été une réaction intéressante devant l'affiche du dernier film de Gondry où trônaient le nouveau Delon et une pâle Joconde: "Tiens regarde! En ce moment, on passe Légumes du jour!". Il y avait autant d'amertume dans cette moquerie qu'une fantaisie, insoupçonnée par son locuteur même, si proche de l'humour si particulier de Boris Vian. Comme si - même raillé - le Déserteur de notre évidence quotidienne savait encore nous faire penser comme lui et ce d'outre-tombe.

Plutôt qu'aller voir les sourires fatigués d'Amélie Poulin, la niaiserie contrefaite d'Arsène Lupin, les pitreries d'Omar Sy et tout "cet ail de basse cuisine", j'ai décidé de lire l'oeuvre jazzie et poétique de Vian. Dès la première page, ce même quotidien, une scène de douche. Mais, en lieu et place d'un lapin blanc, est apparu devant moi une anguille faisant irruption depuis un lavabo. Alors, le vernis du réel craque pour dévoiler un tableau fauviste où domine un jaune dans toutes ses nuances. Clair, foncé, pâle, sur les murs, sur les jupes, dans les chevelures. Mais aussi traître, menteur annonçant l'invasion d'un "bleu sale" et du vert d'un enfer peint à la Monet où règne un peuple de nénuphars tueurs. Peint ainsi, le monde semble différent. Il n'est en réalité que peint différent à coup de mots mordants, de jeux de sons délirants, de pensées carrolliennes, de néologismes qui changent le quotidien en un autre incroyablement attirant même dans le désespoir.

Dans ce nouvel aujourd'hui, la police passe à tabac de contrebande et viole des reliures de livres. Dans ce xéno-quotidien, on use des pourboires pour manger. Ici, on tue avec des armes poétiques (les "arraches-coeurs", couteaux papillons plus papillons que couteaux, ou les "tue-fliques", sorte de tue-mouches aux allures de révolvers exclusivement réservés à l'élimination des "agents d'armes") qui poussent dans la chaleur humaine et masculine. Ici, "les parfums, les couleurs et les sons se répondent" puisque l'on y boit des sons et l'on y écoute des goûts. Ici, la musique de Duke Ellington, de Louis Amstrong, a des vertus insoupçonnées: elle change le nom des rues, donne son nom aux êtres aimés, influence les humeurs et change la disposition des pièces en bulles intimes ou en cercueils non moins intimes. Ici, on ose dénoncer le pouvoir dérisoire et insensé de l'argent pour clamer celui des fleurs qui peuvent soigner, qui peuvent blesser, qui peuvent tuer.

Amateur de Jean-Sol Partre (Jean-Paul Sartre) ou Simone de Bovouard (Simone de Beauvoir) s'abstenir tant leurs doubles de ce côté du miroir sont risibles, inquiétants voire détestables. Ou bien uniquement pour connaître enfin tout sur la forme du coeur du strabiste engagé.
Amateur de Disney, s'y lancer pour rencontrer un Mickey plus sombre et plus tragique auquel Vian consacre ses dernières pages.

Cette relecture de Vian pourrait à terme rendre le quotidien aussi exaltant qu'une aventure d'Alice dans un paysage bleu de mariés parisiens à la façon de Chagall. Agréable à lire plus qu'aucun autre classique, béat de bonheur puis haletant de tristesse, ce livre a sa place dans toutes les mains et tous les coeurs.



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